Une randonnée dans les montagnes de Sa Pa pour rencontrer les minorités ethniques

Notre trajet jusqu’à Sa Pa et nos premières impressions

Nous effectuons le trajet jusqu’à Sa Pa en bus. Pour se faire nous passons par Book a way, une application qui nous permet facilement de voir la fréquence des bus, la durée du trajet et le prix proposé par les différentes compagnies.
Nous payons 10€/personne pour réaliser un peu plus de 300 kms. Suite à notre réservation, nous recevons un récapitulatif, nous indiquant clairement où le point de rencontre se situe. Pour cette fois, il s’agit d’un café: les vietnamiens ne sont pas fous et ils savent comment faire de l’argent. L’agent du restaurant nous voyant arriver avec nos gros sacs, nous saute directement dessus et nous prend par les épaules pour nous faire nous asseoir… L’avantage de la situation, car il faut toujours voir du positif, c’est que nous sommes bien assis et que l’attente ne se fait pas sentir. Il faut savoir que les compagnies de bus nous demandent de venir 30 à 60 min à l’avance.
30 min avant l’heure de départ, le chauffeur de bus vient dans le café. Il a à la main une liasse de tickets et nous demande de nous saisir de celui qui est à notre nom. Tout est basé sur la confiance et rien n’est vérifié. Heureusement les touristes semblent honnêtes.

Nous nous dirigeons ensuite vers le bus. Nos gros sacs sont mis en soute et on nous demande d’enlever nos chaussures… Le sol du bus est recouvert d’une espèce de lino et l’ensemble des sièges sont des couchettes que nous ne pouvons pas redresser. C’est très confortable et on s’y fait rapidement.

Le trajet dure 6h avec une pause rafraîchissement toutes les 2h. Des claquettes sont fournies ce qui évite de devoir se battre avec ses chaussures à chaque montée et descente du bus. L’entrée des toilettes est cependant payante et est de 3000 VND (environ 0,10€). C’est assez propre alors ça ne nous dérange pas de payer.

Pendant les pauses, nous parlons principalement avec un couple de coréens. Ils sont retraités et nous parlent des conditions intenses de travail dans le pays. Il nous explique que pendant sa vie active, il ne dormait que 3h par nuit et le reste du temps il travaillait. Ses enfants, tout comme de plus en plus de coréens, contestent ce mode de vie et partent vivre à l’étranger. Il nous explique aussi, qu’afin de profiter de la vie, il a décidé de partir à la retraite à 50 ans, alors que l’âge légal de départ à la retraite y est actuellement de 65 ans. On pourrait écrire tout un article sur la retraite en Corée mais pour faire court on peut s’estimer heureux. Les retraités sud coréens doivent dans une majorité des cas continuer à travailler pendant leur vieux jours.

De retour dans le bus, la conduite vietnamienne, très sportive, nous empêche de dormir, le trajet étant ponctué d’à-coups réguliers mais surtout de coups de klaxon qui sont quasiment réalisés en continu.

Nous arrivons à Sa Pa en début de soirée et nous sommes très décontenancés à la vue de la ville. Il y a des guirlandes lumineuses éblouissantes de partout, les bars et restaurants mettent de la musique très forte. Et que dire des karaokés. A notre arrivée, nous nous faisons également assaillir par les chauffeurs de taxi et les guides locaux. Heureusement il n’est pas trop difficile de leur faire lâcher l’affaire.
Nous voilà désormais avec nos gros sacs sur le dos, nos petits sacs à l’avant. Nous ne faisons que quelques pas, qu’un petit enfant d’environ 4 ans portant un bébé sur le dos, avec les pieds nud alors qu’il fait 2°C vient nous demander de l’argent. Il s’agit d’un enfant de l’ethnie des Hmong fleur. Notre guide à Hanoï nous avait préparé à ce genre de situation et nous avait fortement déconseillé de donner de l’argent si on ne souhaitait pas être assaillis par une vingtaine d’enfants qui nous suivraient ensuite jusqu’à notre hôtel pour réclamer de l’argent. Le guide nous avait dit « nous n’avons pas besoin de vous pour vivre ». Malgré le crève cœur que cela représente, nous passons notre chemin sans donner d’argent. L’enfant retourne auprès de sa famille en titubant et il est emmené vers d’autres touristes.

Plus nous avançons dans la ville, plus nous espérons que notre hôtel soit bien situé: loin du bruit, loin des illuminations.
Fort heureusement le Happy Family hôtel est situé dans des ruelles un peu en surplomb de la ville et d’ici nous n’entendons que de vagues notes.
Nous sommes accueillis avec du thé: dès que notre tasse est vide, nous la retrouvons re-remplie. La recette est originale: thé vert, gingembre et ail. On nous dit que le thé vert neutralise les effluves de l’ail et c’est vrai: si on ne nous l’avait pas dit, on n’aurait jamais deviné qu’il y en avait. Dans le nord, on sent que la culture du thé est plus poussée probablement liée à la proximité de la Chine dont on sent une vraie influence mais aussi parce que le thé est un bon moyen de se réchauffer en hiver.
L’ardeur de l’hiver est d’ailleurs un problème ici car la plupart des foyers, en particulier parmi les minorités ethniques, ne peuvent s’acheter un dispositif de chauffage. Alors on se réchauffe en buvant de l’alcool et en fumant du tabac. L’opium était auparavant énormément consommé mais les communications concernant l’impact négatif que cela représente et l’addiction que cela entraîne, sembleraient porter leurs fruits. Du fait de ce mode de vie, les personnes vivant dans le nord en particulier les minorités ethniques auraient une espérance de vie relativement plus courte que le reste du Vietnam et aux alentours de 55-60 ans pour les hommes, 60-65 ans pour les femmes.

Après cet accueil chaleureux, nous partons rejoindre notre chambre Lorsque nous récupérons nos clés, on nous indique que la randonnée sportive que nous avions réservée pour le lendemain ne pourra être maintenue du fait du décès d’un membre d’une minorité ethnique. Dans ce contexte, l’ethnie se recueille et n’accepte aucun étranger pendant plusieurs jours. On fera donc le tracé de la marche intermédiaire. Damien, un nantais de passage dans la région, se joindra à nous pour cette excursion. On commence à avoir l’habitude de ce genre de changement et une histoire un peu similaire nous était également arrivée au Costa Rica pour la visite du parc du Corcovado.
Nous partons nous coucher dans notre chambre qui dispose de tout le confort nécessaire, et nous nous endormons heureux que l’activité soit maintenue.

Notre randonnée à la rencontre des minorités ethniques

Le lendemain nous nous réveillons vers les coups de 8h pour profiter du petit-déjeuner offert. Malheureusement, malgré nos indications concernant le régime sans gluten d’Eva, le repas se compose de crêpes. Kévin se régale et tartine volontiers ses crêpes avec le miel local.

Nous nous retrouvons Damien, Kévin, Eva et notre guide, la femme du gérant, à 9h30 devant l’hôtel pour commencer la randonnée. Le temps est mauvais et la question du meilleur chemin à prendre se pose. Il a plu les jours d’avant, il y un risque de pluie pour aujourd’hui et le chemin des buffles, celui qui est normalement emprunté, est désormais difficilement empruntable. On décide tous ensemble qu’on alternerait en fonction de l’état du chemin.

On commence par visiter le marché local.
Dans ce marché qui a lieu tous les jours, seules les ethnies vendent. La plupart des commerçants ne parlent pas vietnamien mais un dialecte qui leur est propre alors tout se fait avec des gestes.
Il n’y a aucun prix d’affiché mais notre guide nous indique que les fruits et légumes se vendent autour de 10 000 à 15 000 dongs / kg (entre 0,40 et 0,60€ / kg).

Il s’y vend également des vêtements, des pipes, des couteaux et tout un tas d’autres ustensiles. Les vêtements faits à la main à base de chanvre et colorés avec les plantes qu’ils cultivent ne se trouvent que peu sur les étales. Pour cela, il vous faut faire un peu de grimpette et vous rendre jusqu’à leurs villages. La contrepartie c’est que forcément lorsque vous y arrivez, tout le monde vient vous voir pour essayer de vous vendre leurs vêtements. Ca reste plutôt bon enfant: il y a un peu d’insistance mais pas de mécontentement si vous ne prenez rien.

On traverse aussi les étales de viande.
On voit pour la première fois de la viande de chien. Bien qu’il y en ait de moins en moins de vendu, allant même jusqu’à l’interdiction de vente dans certaines provinces, d’autres localités continuent la tradition. Les vietnamiens ont mangé du chien en période de guerre, quand les famines sévissaient et que c’était devenu un besoin de subsistance. Mais surtout dans la culture vietnamienne, la consommation de viande de chien aurait également 3 vertus bien particulières: l’augmentation de la libido, la chasse des mauvais esprits et du malheur, l’arrivée de garçons dans la famille plutôt que de filles. Malgré ces coutumes vieilles de plusieurs milliers d’années, les choses ont bien évolué et nombreux vietnamiens possèdent des chiens en tant qu’animaux de compagnie. Ils les adorent et les jeunes seraient peu enclins à continuer la tradition et les ventes de viande de chien seraient en perpétuel décroissance.
Passé cette vue, ce qui nous interpelle le plus ce sont surement les conditions de stockage de la viande et l’hygiène qui pour nous européens nous empêcheraient le plus d’acheter sur ce genre de marché. La viande est étalée sur des stands parfois plus ou moins propres et tout ceci se fait à température ambiante. Sur le coup, cela ne nous interpelle que peu car ce jour-là il fait froid. Cependant lorsque nous descendrons dans le sud, où la journée la température avoisine les 30-35°C, nous verrons des pratiques similaires. Seule la viande séchée, nous ouvre un tant soit peu l’appétit.

Enfin nous finissons notre tour avec les stands de faune et de flore.
La fête du nouvel an lunaire est dans moins d’un mois et pour célébrer la venue de la nouvelle année, les foyers se parent d’arbres fruitiers. Les pêchers et les abricotiers sont très appréciés pour leurs fleurs qui viennent parfaitement décorer les foyers, orner les autels des génies et des ancêtres. De nombreuses vertus leur sont également apportées: éloigner les mauvais esprits ainsi qu’apporter la vitalité. Les kumquats sont quant à eux appréciés pour leurs fruits qui à terme deviennent jaunes et symbolisent l’arrivée de la richesse. Les gens se ruent sur ces arbres et sont prêts à dépenser de belle somme. On voit entre autre des arbres à 1 million VND sachant que le salaire mensuel moyen est entre 6 – 8 millions VND.
On trouve aussi des oiseaux en cage vendus pour leur esthétisme. On en avait beaucoup vu à Hanoï et notre guide nous explique qu’ils viennent d’ici.
Enfin les dernières étals sont pleins de tubercules et de racines utilisées pour faire de l’alcool ou pour leurs effets hallucinogènes.

Une fois le tour du marché fini, nous commençons la route qui nous mènera jusqu’aux Dao rouges.
La vue pendant la marche est sensée être incroyable et donner sur des rizières en terrasse mais le brouillard épais qui nous entoure ne nous permet pas de voir à 10m. Nous passons par moment par le chemin des buffles mais c’est très glissant. La terre est très argileuse, elle est lourde et colle aux chaussures. Notre guide nous charrie gentiment et fait des pronostics sur le nombre de fois que l’on tombera. Bien qu’Eva ira presque jusqu’à la chute, le bilan final sera de zéro pout tout le monde.
Nous arrivons tout de même à entrapercevoir des rizières en terrasse. Nous passons également dans des petits villages avec nombre d’animaux en liberté. Les poules et les poussins habitent avec les cochons, les chiens et les chats. Malgré quelques reniflages, tout le monde semble réussir à cohabiter. On voit également des troupeaux de buffles qui sont déplacés par les paysans. Nous croisons également des tombes de membres des ethnies. On les identifie par un monticule terre sur lequel tout et n’importe quoi peut être posé. Dans notre cas, il s’agit de la tombe d’une petite fille de 8 ans sur laquelle une bouteille de soda a été déposée car c’était ce qu’elle aimait consommer. Nous passons également par une forêt de bambous plantée pour limiter les glissements de terrain. En temps normal, la traversée doit être fabuleuse. Dans notre cas, nous sommes plutôt concentrés à ne pas tomber car le chemin se fait en pente descendante.

Au cours de la balade, nous entendons à plusieurs reprises des chants chaman. On nous explique qu’il y en a de moins en moins car nombreux sont morts sans passer leur savoir avant de s’éteindre. Or cette passation est requise pour devenir chaman, cette personne si importante pour les ethnies que ce soit pour les mariages (c’est lui qui choisi(ssai)t entre autres qui se marie avec qui), pour les soins et pour les enterrements.

Cette balade est également un moment privilégié pour en apprendre plus sur la vie au Vietnam.
On en apprend plus sur le rôle de la femme. Cela fait peu de temps que nous sommes partis mais il est vrai que nous observons que les personnes actives sont principalement des femmes tandis que les bars sont remplis d’hommes qui boivent des bières tout au long de la journée (le cimetière de canettes laissé sous les tables est d’ailleurs assez impressionnant). Une fois la journée de travail finit les femmes doivent s’occuper du foyer et des enfants. Elles doivent aussi s’occuper de leurs parents mais aussi des parents de leur mari.
On nous explique également l’importance d’avoir des garçons. Les parents du gérant de l’hôtel ont eu 12 enfants. Les 10 premiers pour avoir un garçon pour une première fois. Les 2 derniers pour espérer en avoir d’autres. « Malheureusement » malgré toutes ces tentatives la fratrie ne reste composée que d’un seul garçon.
Il y a une vraie prise de conscience sur ces inégalités car on aborde pas le sujet et cela vient naturellement au cours de la discussion mais actuellement peu de foyers osent sortir de ce modèle. Plus tard, au fur et à mesure de notre descente dans le sud du Vietnam, on se rendra également compte que cela est principalement vrai dans le nord qui est très conservateur, le sud est quant à lui plus moderne.

On aborde aussi le sujet du coût de la vie au Vietnam.
Le salaire mensuel moyen est entre 300 et 500€.
L’e coût de l’école est variable en fonction des régions mais représente quoiqu’il en soit une dépense non négligeable pour les foyers. Cela est un frein pour certains foyers en particulier pour les minorités ethniques. Afin qu’ils soient intégrés au mieux à la société, le gouvernement a mis en place l’école gratuite pour eux. Malgré ces dispositifs peu d’enfants des ethnies vont dans les écoles.
Le coût de la santé est également important et les frais associés à un accouchement sont à la charge de la famille. C’est entre autres pour cela que la majorité des femmes ne prennent pas 3 mois avant de reprendre le travail mais plutôt 2 semaines. Elles nouent alors un foulard pour attacher leur bébé et travaille ainsi toute la journée.

Enfin on nous partage l’importance d’avoir une propriété au Vietnam dans sa ville natale. Il semble y avoir une raison sentimentale mais aussi rationnelle. Bien que les prix de l’accès à la propriété ne soient pas aussi délirants que dans les villes comme Hanoï, cela a un coût. De fait les terres sont transmises de génération en génération et sont utilisées pour accueillir le foyer des nouvelles générations qui viendront y habiter à leur retraite.
Le Vietnam est en plein exode rural ce qui explique ce retour aux terres qu’une fois à l’heure de la retraite: les nouvelles générations partent en majorité dans les villes pour avoir des métiers mieux payés et ne reviennent dans les campagnes que pour leur retraite. De moins en moins de vietnamiens souhaitent travailler dans les champs pour les mêmes raisons que chez nous. L’avenir nous dira s’ils suivront exactement le même chemin ou s’ils trouveront des compromis.

Avec toutes ces discussions, nous ne voyons pas le temps passer. En même temps, la marche est simple avec 9,5kms et un peu moins de 200m de dénivelé positif.
Nous arrivons dans une maison typique des Dao rouges. Nous n’avons malheureusement quasiment pas pris de photos mais il s’agit d’une demeure très modeste: 4 murs en béton et une porte en bois. D’un côté il y a un feu utilisé pour faire la cuisine avec au-dessus de la viande séchée. De l’autre côté, un autre feu pour se réchauffer et faire sécher le linge. Puis dans un coin de la pièce, se trouve un sommier sur lequel est disposé un matelas sommaire. Le lit est commun à toute la famille.
La cheffe de maison, nommée « femme numéro 1 », a noué un foulard rouge autour de sa tête et a rasé ces cheveux sur la première moitié de son crâne. On nous explique que la légende raconte qu’un homme Dao rouge se serait étouffé avec un cheveu que sa femme aurait laissé en préparant sa soupe. Depuis toutes les femmes doivent se raser une partie de leurs cheveux.
Elle nous montre les vêtements qu’elle a confectionnés en chanvre. Elle parle relativement bien vietnamien ce qui lui permet de communiquer avec notre guide. Cette dernière ne nous traduit pas tout: elle est bavarde et elle fait rire notre guide. Une femme Hmong noire se joint et amène des vêtements avec des teintes noires et bleues. Elles sont fières de nous montrer leurs vêtements et espèrent bien entendu qu’on leur en achète mais cela reste bon enfant. Malheureusement on commence notre voyage et on ne se voit pas s’embarrasser de surplus dès maintenant. On aurait pu les donner mais on n’y pense pas vraiment.
Sans rancune, la cheffe de famille nous propose de venir manger le lendemain le gâteau à la courge qui est en train de cuire.

Sur ce, on la laisse pour rejoindre la maison du cuistot du village. En plus de cuisiner pour le village, il a un petit restaurant pour accueillir les touristes vietnamiens. Ce restaurant extérieur ouvre sur de jolies chambres en bois qui ont été aménagées pour accueillir les touristes. C’est très joli et assez moderne. Malgré ce confort, la nuit risque d’être musclée. La chambre sans chauffage est peu isolée et on sent l’air passer entre les jointures de la fenêtre. Eva compte sur son radiateur portable pour faire le job !
Pour l’heure, on nous mène vers notre douche: des bains aux herbes médicinales nous attendent. Nous nous retrouvons dans une pièce bétonnée non isolée disposant d’arrivée d’eau et dans laquelle 2 tonneaux remplis d’eau brûlante et de mousse ont été préparés pour nous. Ça sent bon, ça sent le thé. On ne saurait vous dire si c’est le cas car la recette de ce bain médicinal est bien gardée et est le secret des Daos rouges. Il est habituellement utilisé pour les femmes après l’accouchement ou pour toute autre personne malade. Nous sommes des privilégiés et malgré l’aspect un peu touristique de l’activité, nous apprécions sincèrement surtout avec le temps extérieur. Contre toute attente, Kévin entre dans le bain avant Eva et y reste plusieurs dizaines de minutes ! Dans la pièce juste à côté, Damien profite également de son bain. Les murs sont fins alors on peut facilement communiquer. On l’entend galérer avec son retardateur pour essayer de se prendre en photo dans cette baignoire improvisée. La 5ème tentative sera la bonne.

Apres ce bain très chaud, nous ne ressentons plus le froid et nous « participons » à l’élaboration du repas du soir. Notre participation est maigre et nous ne ferons que rouler les nems avec la garniture déjà toute préparée. Malgré tout, nous apprécions le moment et nous observons le chef et sa famille préparer un copieux repas dans cette modeste cuisine. Ils sont agiles, adroits et organisés et le manque de place ne se fait jamais sentir. De grandes bassines d’eau sont utilisées pour nettoyer les verdures, le poulet est dépouillé et élégamment farci, la viande séchée est grillée dans le feu.
Une fois le repas prêt, nous nous réunissons tous autour d’une table ronde et nous nous asseyons sur des chaises en plastique, les mêmes que celles des stands de rue. Le repas est amené sur une feuille de bananier avec au menu: fougères et dés de lardon, poulet, nems, poitrine de porc laqué. On nous sert du riz, 2 louches à chaque fois car 1 c’est pour les morts. Le repas est accompagné d’alcool de riz à 50°C ou plutôt de « happy water » comme il l’appelle. Ca réveille et ça réchauffe ! C’est bien venu car la pièce est grande ouverte sur l’extérieur et la température avoisine les 0°C.
Tout est « simple » mais excellent. Nous découvrons également la fougère et nous adorons. Afin de faire honneur au chef, on se doit de tout finir. Cependant ici tout se mange et on n’avait pas vu que d’appétissantes pattes de poulet se cachaient sous la pile de blanc. Elles sont froides, les griffes sont encore présentes ainsi que la peau. Personne n’aura le cœur suffisamment bien accroché pour s’y attaquer.

Une fois le repas finit, nous commençons à jouer aux cartes. On essaie de trouver des jeux avec des règles simples. On joue au Kem’s, au mistigri mais celui qui nous amusera le plus c’est le tas de merde. Ca fait bien 20 ans qu’on n’y a plus joué mais nous apprécions rejouer à ce jeu simple à comprendre. C’est universel, pas besoin de parler la même langue. Tout le monde passe un bon moment y compris les touristes vietnamiens venus pour déguster un bon plat du chef. Ils nous observent et rigolent même s’ils ne comprennent pas les règles. On oublie le froid et les différences de culture.

Il est désormais temps de rejoindre la chambre. Ce n’est pas la partie la plus simple. Eva n’ose enlever ne serait-ce qu’une couche. Finalement la couette est très isolante et après une bonne heure à disperser notre chaleur, nous nous endormons sans difficulté et nous ne nous réveillerons qu’au petit matin.

Les Daos rouges se sont réveillés à 6h30, heure tardive pour eux mais c’est parce qu’il pleut. Malgré tout ils feront le plus gros des tâches qui les attendent: prendre soin de leurs élevages, de leurs plantations et préparer à manger.

Ils nous ont préparé des crêpes pour le petit-déjeuner. On imagine qu’ils se sont adaptés aux touristes occidentaux. Eva ne pouvant manger de crêpes est convier à leur table pour un petit-déjeuner traditionnel. Il y a du riz, de la fougère, des pousses de bambou et surtout une énorme omelette qu’ils ont cuisiné juste pour elle. C’est délicieux et copieux. Avec ça, ce n’est pas possible d’avoir une fringale pendant la marche. Ils sont heureux de voir Eva manger avec appétit et apprécier leur nourriture.

Une fois le repas finit, les sacs faits et les bouteilles d’eau prises, nous repartons sur la route. Une seconde petite marche de 9kms et 300m de dénivelé positifs nous attend. Le brouillard est toujours bien là. Nous ne faisons que suivre la route. Cela nous permet d’observer le ballet incessant de motos sur les chemins. La plupart transportent des arbres pour les vendre pour le nouvel an lunaire. On les voit également transporter des briques, des graines pour nourrir leurs animaux, leurs récoltes, bref il y a du monde.
On rencontre également une dame d’un certain âge pliée en deux et portant un énorme sac sur son dos. La guide lui demande pourquoi elle ne le transporte pas en scooter. Elle répond que ces enfants sont partis en ville avec le scooter et qu’elle doit donc faire le trajet à pied.
C’est lors de cette petite balade toute simple qu’on prend réellement conscience du quotidien des minorités ethniques. Ces charges qu’ils portent dès enfant ont surement un impact sur leur croissance et explique probablement leur petite taille, aux alentours d’1m50. On voit également les personnes plus âgées être pliées en 2 et incapables de se redresser. Malgré tout, ils gardent le sourire et surtout ils ne s’arrêtent jamais !

Après avoir observé un élevage de saumons et d’esturgeons, nous arrivons dans un petit restaurant vers midi. Nous mangeons un phô qui est le bienvenu et qui permet de nous réchauffer.

Puis un taxi vient nous chercher pour nous redescendre à l’hôtel. On aurait préféré tout faire à pied et ne pas dépendre de transports externes mais c’est ainsi que le tour est pensé.

De retour à l’hôtel, Thiêt, le gérant, nous propose de prendre une douche bien que nous n’ayons plus de chambre. Nous acceptons volontiers et nous essayons de nous réchauffer comme nous pouvons. L’entrée de l’hôtel n’est pas chauffée, nos affaires sont humides mais la douche permet de ramener un grand coup de chaud.
Nous nous asseyons sur les canapés disposés dans l’entrée depuis lesquels on sent la brise d’air qui passe entre les battants de portes.
Thiêt nous offre du thé et nous demande quelle est notre prochaine destination. On pense aller à la Baie d’Halong mais Eva est frigorifiée et n’arrive pas à se réchauffer. Elle se demande si rester autant dans le nord est une bonne idée. Aussi depuis le début du voyage, nous nous demandons si nous allons faire ce site certes très réputé et classé au patrimoine de l’Unesco mais aussi très touristique. Thiêt nous met en contact avec une de ses consœurs qui essaie de nous rassurer sur la météo actuelle de la région. Rien n’y fait et Eva a besoin d’un peu plus de chaleur. Nous décidons finalement de réserver nos tickets de bus pour la Baie d’Along terrestre !
Le bus est dans un peu plus de 6h et Thiêt nous propose de rester dans les dortoirs qui disposent d’une clim chauffante. Eva n’a pas assez de mots pour le remercier !

Nous cherchons un restaurant pour manger avant de prendre notre bus de nuit. Assez contre-intuitivement, peu de restaurants ont des enceintes totalement fermées et encore moins disposent de chauffage. Nous trouvons un petit restaurant végétarien, non loin de l’hôtel qui a fait un petit feu dans un barbecue afin de réchauffer clientèle et serveurs. Nous sautons sur l’occasion pour y manger.

Il est l’heure de retourner à l’hôtel, d’y récupérer nos bagages et de partir vers de nouvelles aventures. La suite dans notre prochain article.

En résumé

Notre avis

Nous ne parlerons pas ici de notre avis sur Sa Pa car nous n’y avons tout simplement rien fait. Cette ville n’a pour nous été qu’un point de départ pour une activité.
Au moment où nous y étions, le téléphérique pour atteindre le Fansipan, montagne haute de 3143m et point culminant de l’Indochine, était en panne. Nous avons croisé une française ayant fait l’ascension sur une journée. Elle semblait ravie.
Bref malgré le côté très touristique de la ville, nous avons la sensation que de nombreuses activités en-dehors des sentiers battus peuvent être organisées à son départ.

En ce qui concerne la visité guidée que nous avons réalisée, nous avons beaucoup apprécié. Beaucoup de tours opérateurs proposent ce genre d’excursion et les avis des touristes sont très mitigés, beaucoup disant que l’expérience était surfaite et ne répondait pas à leurs attentes.
Ca n’a pas été notre ressenti avec l’excursion réalisée avec le Happy Family Hotel. Nous avons eu l’impression de pouvoir rentrer dans le quotidien des Dao rouges en tout simplicité. Il n’y avait pas de fioriture juste un échange. Ils étaient heureux de nous accueillir et de nous montrer comment ils vivent.
La balade est également sensée être sublime.
Janvier n’est définitivement pas le mois à choisir pour profiter des paysages, le brouillard étant de la partie quasiment tous les jours. Il faut aussi se préparer au froid. L’humidité fait que la fraicheur vous saisit littéralement. L’avantage c’est qu’il n’y avait que très peu de touristes et qu’il est plus simple d’avoir de meilleurs prix.
Novembre est une meilleure période si vous voulez être subjugué par les paysages. Attendez-vous cependant à un afflux touristique plus important.

Côté pratique

Comment l’organiser ?
De nombreux hôtels ainsi que des tours opérateurs proposent de faire ce genre d’excursions. En faisant nos recherches, nous avons dû faire le tri entre les organismes proposant des tours touristiques de ceux qui proposent des tours authentiques.
Notre choix s’est arrêté sur Happy Family Hotel qui récoltait de très bons retours concernant ce tour. De nombreux francophones passent également par leur service car ils sont parmis les seuls à proposer le tour guidé en français.

Quel est le budget ?
On paie 80€ pour la marche guidée. Les repas (2 petit-déjeuners, 2 déjeuners, 1 dîner), l’eau, la nuit chez l’habitant, le bain médicinale et le retour en taxi sont inclus.
Pour un tour en anglais, un tarif autour de 60€ peut facilement être trouvé.

Trace GPS
Cliquez sur la carte pour l’afficher dans Google maps, cela vous permet de voir la distance et le dénivelé. A savoir qu’en y allant en pleine saison vous vous enfoncerez dans les champs pour profiter de la vue sur les rizières.

Que faut-il emmener ?

Pas besoin de prendre de nourriture. Des arrêts repas sont prévus les midis dans des supérettes faisant également restaurants. Les repas sont simpled’eau vous est également fournie par jour. En période chaude, il est possible qu’ils en donnent plus (à voir avec eux).
La serviette, les draps, la couette sont fournis pour la douche et le couchage.
En définitive, vous n’avez que vos vêtements à emmener si vous et votre appareil photos pour immortaliser le moment.

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