Le voyage c’est l’opportunité de s’ouvrir aux autres. Lorsqu’après des heures d’attente à Ninh binh, nous comprenons que notre bus ne passera pas, une famille vient nous aborder pour nous proposer de nous accueillir chez eux. Après quelques instants de réflexion, nous acceptons et nous faisons notre plus belle rencontre du Vietnam.

Après presque une semaine passée à Tam Coc, dans la baie d’Along terrestre, il est temps pour nous de remettre nos sacs sur le dos et de rejoindre notre prochaine destination.
Nous achetons nos billets sur le site internet Bookaway suite à quoi un mail arrive dans notre boite afin de nous notifier le succès de la transaction. Mais le point de départ indiqué se situe au beau milieu d’un grand axe routier. Surpris, nous contactons l’assistance afin de confirmer l’exactitude de cette information. Il y a bien eu erreur et un nouveau point nous est communiqué: il ne s’agit toujours pas de la gare routière de Tam Coc située à une centaine de mètres de notre logement mais d’une station essence perdue dans le centre ville de Ninh binh située à plusieurs kms de nous.

Non seulement nous sommes suspicieux de cette nouvelle information mais en plus cela ne nous arrange pas. Nous leur demandons s’il est possible que le bus nous récupère à Tam Coc. La même réponse nous est à chaque fois donnée: ce n’est pas sur la route et notre seule option est Ninh binh. Nous nous résignons donc.
Nous nous motivons pour faire les 6,6 kms qui nous séparent à pied malgré les 25kgs de sac que nous portons chacun sur notre dos. Malgré la distance, le trajet passe rapidement: nos sacs sont ergonomiques et grâce à une charge bien répartie, aucune partie de notre corps ne nous fait souffrir.
La route est franchement plutôt agréable: il y a plusieurs tronçons presque piétonniers et la plupart du chemin se fait loin des grands axes. Les locaux ne doivent pas voir beaucoup de touristes ici et dès que les enfants nous voient arriver, ils accourent vers nous pour nous parler en anglais. Les échanges restent simples: « comment vous appelez-vous ? », « d’où venez-vous ? », « quel âge avez-vous ? »…mais cela vient casser la monotonie de notre activité.

Nous arrivons à Ninh binh avec 1h30 d’avance. Nous avons vu large afin de nous laisser le temps de repérer les lieux. Nous trouvons facilement la station essence à l’endroit indiqué par l’assistance Bookaway. Cependant les pompistes semblent surpris. Ils viennent rapidement à notre rencontre et nous indiquent qu’ils n’ont jamais vu de bus de nuit s’arrêter ici. Malgré ces avertissements, Bookaway nous confirment encore et toujours ce point de rendez-vous. De notre côté, nous ne sommes pas très surpris de ne pas devoir attendre dans une gare routière car nos précédents points de rendez-vous étaient un café et un restaurant.
Il ne fait pas très chaud alors nous trouvons un endroit où nous asseoir pendant l’attente. Notre choix s’arrête sur un Mixué. C’est une chaîne de boissons très répandue dans toute l’Asie. Eva prend un bubble tea chaud à 0,80€ et Kévin un chocolat chaud.
Nous retournons à la station essence 30 minutes avant l’heure du départ. Les pompistes, qui ne parlent pas anglais, essaient toujours de nous inciter à aller à la gare routière de Ninh binh. Nous sommes un peu bloqués et nous décidons de suivre les instructions données par Bookaway. A côté de la station essence, se trouve une magasin de prêt-à-porter. Les vendeurs nous voyant attendre, nous amènent gentiment des chaises.
Les pompistes, frustrés de toujours nous voir ici sont allés chercher de l’aide afin de communiquer plus aisément avec nous. C’est ainsi qu’une petite fille vêtue de rose, âgée de 9 ans, vient nous parler en anglais. Elle nous dit, ce que nous avions déjà compris des pompistes « vous devriez attendre à la gare routière de Ninh binh ». Nous lui expliquons toute l’histoire qu’elle traduit aux pompistes. Nous profitons du fait que la petite fille soit accompagnée de sa maman pour lui demander d’appeler le chauffeur de bus. Nous avons en effet le numéro à disposition mais nous ne disposons pas de moyen de les appeler avec notre forfait local qui n’inclut que des données mobiles. Après plusieurs tentatives non fructueuses, le chauffeur de bus finit par décrocher et indiquer que le point de rendez-vous est la gare routière de Tam Coc! Il ne nous est pas possible d’y retourner dans le temps imparti et nous leur demandons s’il leur est possible de venir nous chercher. Il semblerait que oui mais la famille reste dubitative (tout comme les pompistes) et nous propose de nous héberger pour la nuit. De notre côté, l’espoir est encore présent. Nous attendons 10 bonnes minutes pendant lesquelles l’aînée de la famille nous rejoint. Elle parle un anglais parfait et il est encore plus simple d’échanger avec elle. Le bus n’arrivant pas la maman de la famille rappelle le chauffeur qui lui indique qu’il ne nous a pas trouvé… Nous avons scruté la route sans interruption et nous n’avalons pas vraiment l’excuse fournie. Nous avons un goût très amer car les 2 billets cumulés nous ont coûté quelques 40€. Nous envoyons directement un message à Bookaway pour leur partager notre mécontentement.

Il est 20h et nous devons désormais nous trouver un endroit où dormir. Cela ne nous inquiète pas trop car il n’est pas difficile de trouver des logements à bas prix même en dernière minute. En parallèle la famille réitère leur proposition d’accueil pour la nuit. Kévin est méfiant, Eva se dit que c’est ce genre de situation que nous attendions du voyage: sortir de notre zone de confort et aller à la rencontre des autres. Après quelques minutes de discussion, Eva convainc Kévin. C’est ainsi que nous nous retrouvons à 6 dans une petite Opel corsa en route vers leur maison en périphérie de Ninh binh!

Nous arrivons dans un petit quartier résidentiel et nous retrouvons les 3 filles de la famille. Elles ont 14, 9 et 4 ans et sont tout excitées d’avoir des étrangers à la maison. Les parents sont aussi heureux d’accueillir des étrangers pour leurs filles: ils souhaitent qu’elles parlent le meilleur anglais possible et mettent tout en place pour qu’elles aient le meilleur enseignement possible. L’anglais scolaire est en effet assez limité. Tout d’abord, le niveau des professeurs est variable mais aussi, tout comme dans de nombreux autres pays d’Asie du sud-est, l’attention portée à l’élève dépend de l’argent, ou plutôt du pot-de-vin, que les parents sont prêts à payer au professeur. N’ayant pas forcément les moyens, les filles ne reçoivent pas le meilleur enseignement alors que cette famille est très lucide: l’anglais est un moyen pour leurs filles de s’émanciper de cette situation précaire. Après l’école et le dîner, elles se rendent alors à la gare ferroviaire à la rencontre des étrangers. C’est ainsi que l’aîné a appris à parler un anglais impeccable…bien meilleur que le nôtre.
Nous commençons à échanger des choses et d’autres. Côté prénom nous ne comprenons que celui de l’aîné, Thao, car elle nous donne son nom simplifié, celui qu’elle communique aux étrangers et ça marche puisque nous le retenons !
Les plus jeunes veulent jouer. Kévin est rapidement solliciter. Il joue pendant des heures avec les filles mais aussi avec les enfants du quartier à cache-cache. Il fait aussi plusieurs parties d’échec avec le petit génie de la bande. Selon ses dires, « Kévin l’a laissé gagner ». La session jeu se finit avec des bouts de carton: ces enfants débordent d’imagination et cela leur suffit amplement pour les occuper pendant des heures. Bouger est aussi une nécessité. Tout comme ce que nous avons expérimenté à Sa Pa la maison n’est pas isolée et la porte est une grille qui laisse passer le froid. Eva est moins joueuse et reste avec l’aîné discuter mais il est difficile de se réchauffer.

En plus de nous héberger, la famille nous offre à manger. Le repas est même sans-gluten ! C’est parfait pour se réchauffer. Tous assis autour de la table basse de la pièce commune, nous échangeons quelques mots grâce aux filles qui jouent le rôle de traducteur.
Vient le temps d’aller se coucher. On nous offre la chambre d’amis qui est normalement utilisée par les grands-parents lorsqu’ils sont de visite. La famille est gênée: la chambre est en face d’une fenêtre très peu isolante et la pièce est relativement froide. Eva hésite à aller dormir sur le sol de la chambre de Thao qui est la seule pièce qui dispose d’une clim réversible. Finalement elle reste avec Kévin et espère qu’il jouera bien son rôle de bouillote. La petite sœur de Thao aimerait aussi dormir avec nous mais les parents partent avec elle sous le bras et l’emmène de force dans leur chambre.
Après avoir envoyé un autre message à Bookaway mais aussi à notre prochain logement que nous devons désormais annuler, nous fermons les yeux. La nuit est, contre toute attente bonne. La couette qu’ils nous ont fournie est incroyablement efficace et nous n’avons pas ressenti le froid.


Le réveil est plus difficile et il est dur de sortir de dessous la couette (surtout pour Eva).
Nous sommes très rapidement rejoints par de petits lutins qui n’ont pas école aujourd’hui. Ils sont déjà bien assez en forme et qui ont fort envie de jouer avec nous. Nous sommes rapidement opérationnels puisque nous avons dormi tout habillé et que nous n’avons nul envie de laisser le froid s’insinuer en changeant de tenue.

La famille nous propose de rester la journée, ils nous invitent même passer une semaine chez eux pour la fête du nouvel an lunaire, fête qui aura lieux dans un peu moins de 2 semaines. Nous acceptons volontiers de passer le reste de la journée avec les filles mais nous sommes « bloqués » pour la fête du Têt. Comme tous les guides de voyage mentionnent d’anticiper son logement pour cette période très populaire, nous sommes déjà passés à l’action et nous ne pouvons malheureusement accepter la seconde invitation. C’est pourtant tout ce dont nous espérions pour cette fête, la passer avec des locaux mais nous avons beau essayé de faire tous les scenarii du monde cela serait trop compliqué d’un point de vue itinéraire.

Les plus jeunes veulent nous faire découvrir les saveurs locales tout en en profitant pour déguster leur petit-déjeuner rêvé et qu’elles ne peuvent pas manger tous les jours. Il consiste en un Banh mi: une petite baguette de pain garnie selon les envies de l’acheteur. De la verdure, de la vache qui rit, de la saucisse, des œufs… sont autant de garnitures dont les vietnamiens raffolent. Malgré sa gêne Thao nous accompagne. Elle a demandé au préalable à ses parents de lui donner de l’argent mais bien entendu qu’on espère au moins pouvoir leur offrir cette petite attention. Les filles commandent un Banh mi malgré les viennoiseries présentent dans le stand tandis que Kévin est plus européen et il s’achète des petits pains avec des pépites de chocolat. Nous cherchons quelque chose pour Eva mais nous ne souhaitons pas non plus perdre notre temps: elle dispose de rice crackers de secours dans son sac qui feront parfaitement l’affaire. Nous arrivons à payer les 45 000 VND (environ 3€) que ce petit-déjeuner pour 4 coûte et nous sommes tellement heureux de pouvoir un peu participer. En rentrant, la maman est toute gênée d’apprendre qu’Eva n’a pas trouvé de quoi manger: ni une, ni deux elle prépare un pho réconfortant et excellent. C’est la course pour elle car elle doit aller s’occuper de sa belle-mère. 3 grosse heures de route aller l’attendent. Ici c’est comme à Sa Pa, la femme s’occupe de beaucoup de choses: en plus de travailler, de s’occuper du foyer et des enfants, elle doit veiller sur sa famille ainsi que sur celle de son mari. Déjà conscients de cette réalité, cela nous interpelle moins mais forcés de constater que cela semble se faire au détriment du bonheur de la maman.

Heureusement, nous apprendrons au fur et à mesure de notre voyage que cela est symptomatique d’une partie du pays seulement: le nord. Le centre et le sud adoptent des us et coutumes plus modernes qui finiront potentiellement par déteindre sur le nord.

Une fois le petit-déjeuner ingurgité, Kévin retourne jouer à cache-cache avec les enfants du quartier tandis qu’Eva cuisine avec Thao. Elle adore la cuisine coréenne et elle essaie d’adapter une de ses recettes en sans-gluten. On s’installe dehors avec un mortier et du riz et nous essayons de préparer une espèce de pâte à mochi. C’est physique et malgré tous nos efforts la pâte n’est pas parfaite mais nous nous en contentons. Ces petits snacks salés s’accompagnent de saucisses et nous chargeons Kévin d’aller en acheter avec les enfants du quartier. Nous retrouvons Kévin 20 min plus tard, et chaque enfant avec une boite de saucisses dans les mains: il a fait des heureux et les enfants semblent s’en délecter. Nous façonnons la boule de riz en espèce de petits gnocchis et pour se faire nous devons les saupoudrer de farine. Malheureusement la famille ne dispose que de farine de blé et les espoirs d’Eva de pouvoir goûter s’envolent à ce moment. Nous finissons par les snacker dans une poêle. Puis ils sont généreusement arrosés de sauce piquante. La recette est adaptée pour Kévin et Thao a la main plus légère que ce qu’elle ne ferait normalement. Kévin apprécie le geste.
Nous continuons la journée avec une petite balade, sûrement la balade la plus étrange de tout notre voyage. Très rapidement un local se joint à nous et commence à nous suivre. On voit bien qu’il n’arrête pas de nous prendre en photo et nous commençons à nous sentir mal à l’aise. Nous demandons à Thao si elle le connaît et elle nous dit que « non » . Elle commence elle aussi à ne pas se sentir très à l’aise avec cet inconnu qui n’arrête pas de nous suivre. Nous lui indiquons alors que nous allons lui demander de partir mais elle nous arrête rapidement: cela ne se fait pas ici, c’est extrêmement irrespectueux et malpoli. Nous faisons alors un détour afin de passer devant la maison de son parrain. Elle essaie de lui glisser 2-3 mots à propos de l’homme qui ne cesse de nous suivre. Nous entendons bien le parrain parler rapidement avec l’homme mais rien n’y fait il continue à nous suivre. Il commence à agripper Eva par l’épaule afin la prendre en selfie avec lui. Pas franchement encline à le faire, Eva abdique finalement pour une photo seulement en espérant que cela lui suffira et qu’il nous laissera ensuite tranquille. Il n’en est rien. Il reste à l’arrière avec les 2 plus jeunes. Il a l’air bienveillant avec elles mais nous ne pouvons nous empêcher de veiller régulièrement. Nous coupons court à la balade car tout le monde se sent mal à l’aise. L’homme nous suit jusqu’à la maison mais n’ose pas pénétrer jusque dans son enceinte. Thao nous indique que tant que ses parents seront absents, il restera à l’extérieur. Mais qu’une fois ses parents rentrés, si l’homme est toujours là, il sera de coutume de lui parler et de l’inviter à boire un coup à l’intérieur même si cet homme est un parfait inconnu avec une attitude très étrange y compris pour les vietnamiens. C’est un nouveau point que nous inscrivons sur la liste des différences culturelles entre français et vietnamiens. Thao ajoute cependant que les codes sont en train d’évoluer avec la nouvelle génération: alors que cela paraissait totalement naturel pour ses parents, cela le parait moins pour la génération de Thao. Heureusement pour nous, l’homme finit par partir une bonne vingtaine de minutes après que nous soyons arrivés dans la maison.
Il est midi et le papa rentre du travail les mains chargées de nourriture. Il nous fait découvrir la délicieuse viande grillée et savoureusement épicée qu’il vend dans la rue. Comme toujours cela est accompagnée d’aromates et de verdure dont les saveurs nous sont totalement inconnues en Europe. Il trinque aussi avec Kévin avec de l’alcool de riz: ça décape par là où ça passe !

Il est maintenant temps de se dire au revoir. Nous tenons sincèrement à leur laisser de l’argent mais ils le refusent. Thao nous a dit la veille qu’elle aimerait beaucoup qu’on lui offre un livre qu’il n’est pas possible de trouver au Vietnam. Nous laissons donc tomber cette histoire d’argent et nous nous intimons d’un jour exaucé son souhait et pourquoi pas l’agrémenter de souvenirs divers et variés.

Nous repartons comme nous sommes arrivés: avec nos sacs sur le dos mais cette fois dans le sens inverse. Nous retournons à Tam Coc où nous espérons enfin réussir à prendre un bus pour notre prochaine destination. Sur le chemin, nous ne cessons de penser à cette famille, à leur générosité et nous espérons un jour pouvoir leur rendre la pareille. Nous partons la tête pleins de souvenirs et plein d’espoir pour la suite du voyage qui on l’espère nous réservera de nombreuses autres surprises de ce type. Nous remercions aussi la compagnie de bus et bookaway pour leur loupé. D’ailleurs on allait oublier de vous le dire mais Bookaway a rapidement pris conscience de son tord et nous a remboursé sans difficulté.
Qu’est-ce qu’il est bon de laisser la porte ouverte à l’inconnu.

On the road again

COMMENTAIRES

  1. Avatar de LAUGT CORINNE
    LAUGT CORINNE

    très belle histoire. La vie est faite de plein de rencontres magiques. Il suffit parfois d’un peu d’aide du destin. Ça vous ressemble. Vous êtes tous les deux de très belles personnes. Je vous aimes très fort

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  2. Avatar de catherine couble
    catherine couble

    Que c est agréable de lire cet article . On ressent vraiment la bienveillance et le plaisir de partager . On a vraiment envie d aller voir cette petite famille adorable .

    Aimé par 1 personne

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