Le miso: c’est quoi ?
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Bien que présent dans toute l’Asie du sud-est, le miso est principalement connu et produit au Japon. Son origine se trouverait en Chine. Alors que le chiang serait apparu au premier siècle avant notre ère, les premières structures de production de cette pâte apparaissent en 600 après notre ère. Ce n’est que pendant l’ère Edo (1603-1868) que le miso se popularise vraiment grâce à une volonté de mimer le style de vie des samouraïs qui en boivent une soupe par jour. L’aliment se développe alors dans tout le Japon et l’histoire raconte que des phrases telles que « Plutôt que de payer le médecin, paye le vendeur de miso » deviennent populaires. Le pic de production se fait dans les années 80 où presque 700 000 tonnes de miso sont produites. Malgré une popularité toujours présente, la consommation vient à décroître et en 2019 la production aurait diminué de presque 30% 1 2 3 4.
Mais qu’est-ce que le miso vraiment ? Pourquoi cette popularité ? On essaie de vous expliquer tout ça dans les paragraphes ci-dessous.
Ce site ne contient aucun lien d’affiliation ce qui nous permet de vous partager notre expérience en toute transparence.
Les grandes étapes de fabrication du miso
Le miso est une pâte semi-solide dont la texture peut rappeler celle du beurre de cacahuètes et issu d’une double fermentation. Une première fermentation est réalisée à partir du champignon Aspergillus oryzae sur du riz le plus souvent. La seconde fermentation se fait avec des bactéries lactiques et des levures sur des fèves de soja. Cette seconde fermentation, longue de 2 à 24 mois, aboutit à un produit riche en probiotiques et en prébiotiques.
Le processus de fabrication du koji
Tout commence par une première fermentation qui aboutit à la formation de koji. Ces étapes de production sont résumées sur la figure 1.
Il s’agit de partir d’un substrat riche en glucides (riz, orge ou fève de soja).
Dans un premier temps, le substrat est trempé dans de l’eau afin de l’hydrater de façon homogène. Les industriels visent en général une humidité entre 30-40%.
Le substrat est ensuite cuit à la vapeur toujours de façon homogène. La majorité des contaminants endogènes au riz sont quasiment tous détruits au cours de cette étape. La couche extérieure du riz, l’endosperme se fragilise et le grain gorgé d’eau gonfle. Le succès de cette étape repose en grande partie sur la pré-humidification qui a eu lieu dans l’étape d’avant. Les grains sont ensuite refroidis aux alentours de 30°C et leur taux d’humidité est contrôlé: il doit être autour de 70%. Ce taux d’humidité est très important pour l’étape de fermentation à venir: sans eau pas d’activité cellulaire, avec trop d’eau le risque de contamination pas des organismes non désiré augmente.
Le substrat est ensuite inoculé à partir des spores d’un champignon très connu au Japon: Aspergillus oryzae. La fermentation dure 2 à 3 jours au bout desquels on obtient du koji: un riz partiellement hydrolysé sur lequel A.oryzae s’est développé et forme un mycélium.

Pour la petite histoire, A.oryzae est un champignon microscopique utilisé par les japonais depuis l’âge médiéval au moins. Il a été reconnu comme champignon national en 2006 pour sa large contribution à la culture culinaire japonaise (miso, sauce soja, sake, amazake…)2.



En général, qui dit moisissure dit danger. Un fruit avec une moisissure ? On jette. De la moisissure dans notre confiture ? On jette. Alors forcément voir de telles photos va peut être en inquiéter certains. Mais rassurez-vous, la communauté scientifique s’est posée la question avant vous.
Quand on parle de champignons, la crainte principale en terme de sécurité alimentaire vient des mycotoxines et en l’occurrence les aflatoxines. Ces métabolites secondaires ont un effet cancérigène sur les humains. Par le passé, des informations contradictoires ont circulé concernant la production d’aflatoxines par A.oryzae. Il s’est avéré que l’analyse de culture d’Aspergillus flavus, une espèce proche de A.oryzae, a mené à cette confusion. Aujourd’hui aucun doute ne plane sur la sécurité alimentaire de A.oryzae et on dit qu’elle a été reconnue comme GRAS (Generally Recognized As Safe), c’est-à-dire sans danger par la FDA (Food and Drug Aministration), l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux1 5.
Cette question est d’ailleurs peut-être moins un sujet qui interpelle en France puisque nous sommes déjà habitués à consommer des « moisissures » via la consommation de fromage.
Par ailleurs, le koji est parfois un peu abusivement appelé « malt ». Cela reste plutôt anecdotique chez les producteurs de miso mais plutôt fréquent chez les producteurs de sake. Malgré cette faible occurrence, cela me semble important d’ouvrir cette parenthèse surtout pour les personnes devant suivre un régime sans gluten.
Le processus de fabrication du koji comporte en effet des étapes de trempage et de séchage communes avec le processus de maltage mais ça s’arrête à peu près là… On peut imaginer cette assimilation par une finalité des deux processus qui est proche: il s’agit de « réactiver » les enzymes du substrat et rendre chacune des briques biochimiques plus disponibles.
Cet abus peut malheureusement créer quelques sueurs froides aux personnes devant suivre un régime sans gluten. En effet, en Occident, ce mot est principalement utilisé pour décrire un malt d’orge alors qu’en orient il cachera en général un malt de riz… Alors ne prenez pas peur si vous entendez parler de « malt » comme composant du miso, et demandez s’il s’agit de « malt de riz » ou de « malt d’orge ».
Après ces quelques détours, revenons-en à nos moutons: nous avons désormais un koji que nous savons sans danger à la consommation humaine et généralement sans gluten. Mais c’est quoi le lien avec le miso ? Ca se mange du koji ? Eh bien pas vraiment, le koji est un composant du miso mais pour mieux comprendre, passons au paragraphe suivant.
Le processus de fabrication du miso
Le miso est traditionnellement préparé à partir de fèves de soja qui sont mises à tremper et cuites. Ces étapes sont réalisées dans la même finalité que pour le koji: hydrater le substrat et réduire le nombre de contaminants endogènes. Après une cuisson qui commence à fragiliser le tégument, ce dernier est mécaniquement abîmé via un broyeur ou une presse afin de rendre les nutriments plus accessibles aux microorganismes responsables de la fermentation.
C’est après cette étape que nous ajoutons notre koji réalisé au préalable, ainsi que du sel qui servent de base à la fermentation. Cette seconde fermentation est non seulement assurée par Aspergillus oryzae amené par le koji mais aussi par des microorganismes environnementaux. Nombreuses études scientifiques ont cherché à déterminer la composition microbiologique du miso et tout ce que l’on peut dire c’est qu’il y a du monde. Cette composition est variable et nous y reviendrons dans le paragraphe suivant, mais à titre d’illustration, certaines études recensent pas moins de 21 espèces différentes. Il y en a 2 qui reviennent cependant régulièrement: Tetragenococcus halophilus et la levure Zygosaccharomyces rouxii. Ces deux microorganismes particulièrement résistants aux hautes concentrations salines jouent un rôle clé dans le miso.
En effet, plus haut on mentionnait l’ajout de sel en même temps que l’ajout de koji: cet ajout est critique pour assurer la sécurité alimentaire du miso. La fermentation dure plusieurs mois et avec autant de nutriments, c’est un paradis pour le développement de microoragnismes opportunistes. Bien que la plupart des microorganismes aient besoin de sels pour croître, une concentration trop importante, quant à elle, inhibe leur croissance. Heureusement pour nous, ce n’est pas le cas de T.halophilus ou encore Z.rouxii qui sont des microorganismes extrêmophiles 🛈. C’est ainsi qu’on se retrouve à ajouter du sel, non pas une pincée, mais des quantités suffisantes pour atteindre des concentrations entre 5-13% (m/m) 1 2 3.

Après plusieurs mois de fermentation et de maturation, les microorganismes se sont développés sur le soja et le riz et nous obtenons une pâte de miso.

Un miso ou des misos ?
Nous venons de voir, dans les grandes lignes, comment le miso est produit mais ici on va voir que ce n’est pas si simple.
Tout bon miso qui se respecte doit répondre à des exigences minimum:
- être le produit de 2 étapes de fermentation
- avoir maturé pendant plusieurs mois voire années
- avoir une forte teneur en glutamate (et nucléotides) pour avoir un goût umami 🛈.
Mais autour de ce cahier des charges viennent s’inviter de nombreuses variantes1 2 3.
- le substrat utilisé pour le koji peut être du riz, de l’orge ou même des fèves de soja (cf figures 4 et 5)
- le temps de fermentation est extrêmement variable et peut durer de quelques mois à plusieurs années: globalement plus le temps de fermentation sera court, plus le miso sera sucré et doux et plus le temps de fermentation sera long, plus le miso sera amer et fort (cf figure 6)
- la proportion de koji apporté par rapport à la quantité de fèves de soja a également un impact sur la composition du produit final. De manière générale, on choisit des proportions de koji plus importantes pour produire un miso plus doux et dont le temps de fermentation est réduit. Ces misos ont tendance à être plus lisse et moins granuleux.
- le mode de cuisson des fèves de soja joue également sur la couleur du produit: un soja cuit à la vapeur pendant un long temps aura tendance à arborer une couleur plus sombre tandis qu’un soja bouilli aura tendance à mener à un miso blanc. Ceci est entre autres lié à la réaction de Maillard. Vous en avez surement déjà entendu parlé. La montée en température d’aliments favorise « l’association » des sucres avec les acides aminés, peptides et protéines. Cette formation mène à ce qu’on nomme le brunissement de l’aliment. Cette réaction dépend de nombreux facteurs dont la teneur en eau: une trop grande teneur en eau ou une trop faible teneur en eau aura tendance à inhiber ces réactions d’où ces observations en fonction des modes de cuisson.
- le degré de polissage du riz utilisé pour la fermentation du koji a également un impact sur la qualité finale du produit. En effet, les enveloppes externes du riz peuvent être plus ou moins conservées.
- …



Bref vous l’avez compris, nombreux sont les facteurs qui jouent sur la qualité finale du miso. Toutes ces variantes impactent le goût et l’aspect du miso tant et si bien que chaque région du Japon va produire un miso qui lui est propre que ce soit pour s’adapter un maximum aux produits locaux ou tout simplement pour répondre aux mieux aux préférences de sa population2 .
Avec l’export et la popularisation du miso à l’international, les occidentaux ont bien entendu ajouter leur touche pour ajouter encore plus de variantes. L’une d’entre elles est loin d’être dénouée de sens: afin de pouvoir produire leur miso au maximum avec des produits locaux, les occidentaux substituent régulièrement les fèves de soja par du pois chiche. Un effet de mode peut aussi être une des explications de ces recettes alternatives en Occident, le soja n’y ayant pas toujours bonne presse. Quoiqu’il en soit, cette recette s’est même exportée au Japon et lors de notre apprentissage de réalisation de ramens, notre hôte japonaise nous dévoile un miso à base de pois chiches.
Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire notre article Chez Nahoko pour apprendre à cuisiner des ramens sans gluten.
Devant tant d’hétérogénéité, je me suis demandée s’il y avait des normes qui encadraient la production du miso et si un peu à la manière de fabrication du vin, des systèmes tels que l’AOP (Appelation d’Origine Protégée) venaient protéger des savoir faire locaux. De ce que j’ai pu lire ici et là, il n’y aurait pas de cahier des charges stricts imposés au miso. La JAS (Japanese Agricultural Standards), un organisme gouvernementale nippon établissant des normes d’assurance qualité sur divers produits dont les produits agricoles et leurs produits transformés, n’aurait pas créer de norme concernant le miso afin de laisser exister cette pluralité de miso qui ne peut pas être rassemblé sous des normes communes tant les ingrédients, les étapes de fabrication, les compositions nutritionnelles et biochimiques sont variables2.
Sachant tout cela, nous pouvons définitivement dire qu’il n’y a pas un miso mais des misos. Ainsi, il est important de garder un esprit critique sur tout ce qui peut être dit sur « le » miso.
Qu’est-ce qu’il y a dans du miso ?
Malgré cette hétérogénéité de produits, on va essayer de dresser un portrait du contenu du miso dans ces grandes lignes et généralités.
Suite à la fermentation, les nutriments complexes sont devenus plus « simples »: on dit qu’ils ont été hydrolysés, parfois on parle aussi de digestion enzymatique car ce sont en effet les enzymes, ces protéines « fonctionnelles » qui ont catalysé ces réactions biochimiques conduisant à cette « simplification » des nutriments. Les éléments, sous cette forme, plus disponibles et sont mieux absorbés au cours de la digestion:
- certaines protéines ont été « coupées » en de plus petites structures nommées peptides, on dit même que certains de ces peptides sont bioactifs mais ça on en reparlera plus tard et ce dans l’article des bienfaits du miso. On retrouve aussi des acides aminés libres d’ailleurs c’est la présence du glutamate, un acide aminé, qui permet au miso d’avoir son goût umami.
- les glucides entre autres représenté par de l’amidon, ont été digérés et se retrouvent en partie en fin de fermentation sous forme de sucres plus simples (glucose, maltose). Cependant la plupart de ces molécules ont été utilisés par les microorganismes eux-mêmes afin d’assurer leur croissance. C’est ainsi que le miso se retrouve être un produit peu sucré dont les teneurs dépendent de nombreuses variables. Il n’est cependant pas rare de trouver des pâtes avec 5-7% de sucres.
- les isoflavones du soja ont elles aussi été partiellement hydrolysées les rendant plus facilement assimilables par notre système digestif. Et si vous avez déjà entendu parler d’isoflavones mais uniquement en mal, ne partez pas car nous en nuancerons les propos dans l’article traitant des bienfaits du miso.
- les vitamines B2 et B12 sont eux aussi des produits de la fermentation tandis que la vitamine E était quant à elle déjà présente dans la fève de soja.
- une quantité non-négligeable de sels (entre 5-13% selon les misos) perdure. C’est pas mal et si vous vous amusez à goûter votre pâte de miso pure, vos papilles vous indiqueront rapidement que c’est salé. Alors si vous utilisez du miso dans votre plat, pensez à ne pas le saler, le miso sans chargera pour vous. Enfin, on pourrait donc croire que cet aliment est à proscrire pour les personnes souffrant d’hypertension. Bien que les études n’en comprennent pas exactement le mécanisme, elles montrent que la consommation de miso n’augmente pas la tension chez des personnes souffrant d’une tension élevée ou avec une hypertension de type I. Ce sujet sera de nouveau traiter dans de plus amples détails dans le prochain article et pour les petits curieux on s’amusera même à détailler comment les scientifiques procèdent.
- de nombreux microorganismes se sont développés: leur nature et leur diversité dépend là encore de nombreux paramètres néanmoins ce qu’on peut en dire de façon générique c’est qu’il s’agit de bactéries lactiques et de champignons microscopiques. Dans les procédés dits traditionnels, ces microorganismes sont toujours vivants dans le miso que vous consommez car ce dernier n’a pas subi de pasteurisation tout comme c’est le cas avec les yaourts ou encore le fromage. Cependant, cette pratique est, à contrario, plutôt courante chez les industriels afin d’avoir moins de contrainte sur les conditions de conservation.
Le récap’
Références
1 Allwood J,Wakeling L, Bean D. Fermentation and the microbial community of Japanese koji and miso: A review. J Food Sci. 2021; 86:2194–2207. https://doi.org/10.1111/1750-3841.15773
2 Miso, fr.umamiinfo.com, disponible sur: https://fr.umamiinfo.com/richfood/foodstuff/miso.html, consulté le 30 janvier 2025
3 Kusumoto, K.-I.; Yamagata, Y.; Tazawa, R.; Kitagawa, M.; Kato, T.; Isobe, K.; Kashiwagi, Y. Japanese, Traditional Miso and Koji Making. J.Fungi 2021, 7, 579. https://doi.org/10.3390/jof7070579
4 Saeed, F., Afzaal, M., Shah, Y. A., Khan, M. H., Hussain, M., Ikram, A., Ateeq, H., Noman, M., Saewan, S. A., & Khashroum, A. O. (2022). Miso: A traditional nutritious & health-endorsing fermented product. Food Science & Nutrition, 10, 4103–4111. https://doi.org/10.1002/fsn3.3029
5 Aspergillus oryzae, Wikipedia, disponible sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/Aspergillus_oryzae, consulté le 30 janvier 2025
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