De l’information à la désinformation: il n’y a qu’un pas.
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3- Quelle origine et quelle forme pour la fausse information ?
a- Une liberté de la presse bridée ?
b- La désinformation par les états totalitaires, une guerre hybride du XXIème siècle
c- Les médias traditionnels dans une recherche perpétuelle d’audience et de sensationnalisme
4- Le récap’ en 5 minutes top chrono
5- Références et crédits
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Dans nos sociétés contemporaines, l’information occupe une place centrale : elle façonne notre compréhension du monde, oriente nos décisions collectives et individuelles, et constitue un pilier fondamental du débat démocratique. Une information libre, vérifiée et pluraliste permet de garantir la transparence, d’éclairer les choix citoyens et de maintenir un équilibre face aux pouvoirs politiques, économiques ou technologiques. Pourtant, ce socle essentiel est aujourd’hui fragilisé par la montée en puissance de la désinformation, qu’elle soit intentionnelle (fake news, propagande) ou plus insidieuse (approximations virales, récits biaisés, contenus manipulés). La rapidité des réseaux sociaux, la polarisation des opinions et la course à l’audience alimentent un climat où la frontière entre fait et opinion devient floue.
Ce premier article tente alors d’aborder ce qu’est la désinformation et son spectre. Qui joue de la désinformation ? Pourquoi ? Avec quel outil ?
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1- Information et médias
Commençons par le commencement. Afin de comprendre qu’est-ce qu’une fausse information, il nous faut comprendre: qu’est-ce qu’une information ? Quelles sont nos attentes face à l’information et quel est le rôle des médias dans la transmission de l’information ?

Pour aller plus loin
SONDAGE: Pour ceux qui souhaitent apporter leur réponse avant la lecture de l’article, n’hésitez pas à participer au sondage ci-dessous en dépliant le paragraphe
Sur la page Wikipedia dédiée à l’information, nous pouvons trouver bon nombre de significations à ce mot. Celle qui me paraît la plus pertinente pour le thème que nous traitons est de définir l’information comme étant une « connaissance pouvant avoir un effet »1. D’un point de vue journalistique, 3 critères doivent en outre être respectés afin de considérer le message comme information2:
- Elle doit être factuelle: en ce sens une information n’est pas un avis. Ainsi dire que le fruit préféré des français est la banane est un avis (sur quoi se base-t-on pour le dire ?). Par contre dire que le fruit préféré des français en 2024 est la banane car c’est le fruit le plus consommé avec 750 000 tonnes de bananes vendues est un fait3. On pourrait améliorer la formulation pour la rendre encore moins interprétable (« le fruit le plus consommé en France est la banane avec 750 000 tonnes consommé en 2024 »).
- Elle doit être vérifiée et fiable: selon la nature de l’information, cette vérification peut passer par des témoignages, par des expériences scientifiques, par des analyses statistiques significatives… Pour devenir fiable, l’information doit être recoupée entre différentes sources crédibles (est-ce que les personnes sont renseignées ? Est-ce qu’elles ont des connaissances dans le domaine ? Est-ce qu’elles ont vu ce qui s’est passé ou est-ce qu’elles se font le porte-parole de rumeurs ?).
- Elle doit avoir un intérêt pour le public: cette formulation est en mon sens tout aussi vague que le fait « d’avoir un effet ». Ainsi, on peut sincèrement se demander si voir des corps inanimés résultats d’affrontements est une information ? Est-ce qu’inviter des célébrités, qui ont déjà suffisamment de pesetas et d’influence pour s’offrir une belle couverture marketing, est une information ou un jeu dangereux où les frontières entre information et économie sont totalement brouillées dans certains JT ?
L’information est donc initialement un fait que les journalistes doivent décortiquer pour certifier de sa valeur d’information mais aussi le remettre dans son contexte afin que les récepteurs puissent attribuer un juste poids à ce nouveau savoir.

Pour aller plus loin
De l’importance de la mise en contexte vue au travers de l’exemple des confinements durant la Covid traité uniquement d’un point de vue économique.
Les articles ci-dessous ont été écrits entre 2020 et 2021. Ils traitent des conséquences économiques présentes et à venir des vagues de confinement réalisées lors de l’épidémie de Covid. Si les analyses sont cohérentes avec les données que nous avions à disposition alors, n’exposer que les conséquences économiques du confinement sans parler de ce qu’un déconfinement aurait pu amener d’un point de vue économique mais aussi sanitaire, semble être un récit largement tronqué (voire même orienté). Rappelons qu’à cette époque nous ne savions que peu de chose sur le virus et même d’un point de vue économique, un déconfinement aurait pu être plus dramatique que le confinement. Un virus particulièrement virulent sur les enfants, un virus laissant des traces incapacitantes…auraient été autant de scénario où un déconfinement aurait été dramatique.
La vidéo ci-dessous est une interview d’Olivier Veran réalisée en 2025 par Gaspard G qui me paraît fondamentale pour remettre les choses dans leur contexte. Enfin l’article ci-dessous est une interview de Boris Cyrulnik qui me semble assez juste dans son approche (les différentes composantes sociétales du confinement y sont abordés et non pas que l’aspect économique), il titre « Un bon choix éthique peut-être un mauvais choix économique ».
Ci-dessous, les grandes étapes que suivent l’information sont développées (cf figure 2):
- 1- Le recueil d’une information d’intérêt public via des témoignages, des articles scientifiques, des livres…
- 2- La vérification de l’information en s’appuyant sur des personnes qui connaissent le sujet et en recoupant les sources.
- 3- La capture (rédiger, enregistrer, filmer…) de l’information de façon factuelle, le plus neutre possible et en la contextualisant. Le journaliste en charge fait preuve de bonne foi en essayant d’omettre le moins d’élément possible.
- 4- L’agencement de l’information. Il s’agit de hiérarchiser l’information et la mettre en forme (coupe, montage..). Cet agencement ne doit pas porter atteinte à l’intégrité de l’information.
- 5- La diffusion de l’information à la radio, sur internet, dans la presse écrite…

La dernière étape du circuit de l’information qu’est la diffusion permet de véhiculer l’information jusqu’au récepteur. Pour se faire, des supports sont utilisés et sont appelés médias. Il peut autant s’agir de la radio, que de la télévision, qu’un journal, qu’un site internet, qu’un réseau social… Dans le langage courant, on parle aussi parfois de médias pour parler d’organe d’information spécifique (une émission TV, une chaîne télévisée, un podcast, un journal donné…).
Les médias sont souvent qualifiés de quatrième pouvoir constitutionnel (les 3 premiers étant le législatif, l’exécutif et le judiciaire) tant ils jouent un rôle important dans le processus de formation de l’opinion publique et donc sur nos choix sociétaux. Traditionnellement l’information est fournie aux rédactions par des agences de presse généralistes. Vous avez déjà entendu parlé de l’AFP ? ça tombe bien c’est l’Agence Française de la Presse et elle fournit la plupart de l’information aux journalistes. Les journalistes sont ensuite en charge de rédiger l’information factuellement et de la diffuser.
Ainsi 3 grands acteurs de l’information peuvent être cités (cf figure 3):
- la source qui peut être un témoin, un expert, un auteur…
- les journalistes qui recueille la source, la vérifie et rédige l’information
- l’équipe média qui est constituée d’un ensemble d’individus qui sont en charge de diffuser l’information
Et puis derrière le média « se cache » des financeurs. Certains y voient une occasion de faire entendre leur opinion au plus grand nombre, à l’image de ce qui se passe dans les médias du groupe Bolloré, tandis que d’autres restent plus en retrait. Si cela vous intéresse, la figure 4 est une infographie réalisée par le Monde diplomatique ainsi qu’Acrimed, mettant en lien financeurs principaux et médias d’informations.
Enfin, la ligne éditoriale d’un média, qu’il s’agisse d’orientations idéologiques ou de choix dans la sélection de l’information traitée, implique qu’une neutralité absolue est difficilement atteignable. Néanmoins, la démarche journalistique vise à s’en affranchir autant que possible, en s’efforçant de faire preuve de rigueur et d’honnêteté. Cela fait d’ailleurs partie de la charte de déontologie journalistique.

Pour aller plus loin
1er exemple : Le point de vue journalistique vu au travers de différents titres de presse au sujet du budget 2026 couvert en mai 2025
Les titres ci-dessus montrent comment une même information peut être traitée et orientée de manière très différente. Les titres ont été classés du moins au plus neutre. Les premiers relayent des critiques du projet sans en exposer les détails, tandis que les deux derniers le présentent de manière plus descriptive, avec une certaine part de projection et d’interprétation, notamment de la part de France TV Info.
Cette orientation sur un sujet donné va même plus loin. Les 3 premières pages de Google News générées par une recherche sur le « budget » ne restitue aucun article relayant des commentaires positifs sur le projet. Non seulement la majorité des lecteurs n’aura accès qu’à une information partielle, mais en plus, ils ne seront exposés qu’à un seul angle de traitement, exclusivement négatif et se limitant aux critiques.





2ème exemple : Le point de vue journalistique vu au travers de la parole d’invités au sujet des retraites
Les articles ci-dessous retranscrivent une interview de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, à la radio. La retranscription de France Inter ne reprend que les paroles de Sophie Binet. Les interventions des journalistes ne sont pas écrites laissant la parole non-contredite.
La retranscription de RMC-BFM est moins linéaire. L’article commence par les propos que Sophie Binet souhaite dénoncer, ceux de Gilbert Cette, président du Comité d’Orientation des Retraites. Le président de la confédération des petites et moyennes entreprises s’expriment également face à Sophie Binet.
Ces 2 articles arborent donc la même forme: la retranscription des propos de leur(s) invité(s) sans analyse journalistique. Alors que le premier ne présente qu’un point de vue, le second partage plusieurs points de vue sur le sujet des retraites ce qui est un minimum quand on parle de sujet politique. Si les 2 sont un peu légers, le second est donc plus proche de l’information.
Des comparaisons peuvent être dressées pour que compreniez au mieux nos propos. On peut parfaitement imaginer que la retranscription des paroles d’un historien donnant les grandes dates de l’humanité puissent ne pas être contredites ni commentées (elles se suffisent à elles-mêmes). Les limites et les dangers du 1er article sont que Sophie Binet y expose une idéologie, qu’elle présente comme des faits et que personne ne vient faire le distinguo. C’est un peu comme si je vous disais « La rose est la plus belle fleur du monde. Les mairies doivent donc faire le nécessaire pour la planter en masse dans leur commune. Les français trouveraient irresponsables de ne pas le faire et déserteraient la région si le nécessaire n’est pas fait ». Bien que l’exemple soit simpliste pour que tout le monde puisse comprendre la différence entre opinion et faits, il reprend la stratégie de Sophie Binet: je présente une opinion comme un fait, j’en profite alors pour lancer une injonction aux acteurs concernés sans quoi ils seraient considérés comme irresponsables.
2- La fausse information: qu’est-ce que c’est ?
Les fausses informations sont traditionnellement classifier en différentes catégories en fonction de la véracité des faits et de l’intension sous-jacente (cf figure 5)5:
- La désinformation : il s’agit d’une information fausse et délibérément créée pour nuire à une personne, un groupe social, une organisation ou un pays.
- La mal information : il s’agit d’une information basée sur la réalité avec de vrais chiffres ou de vrais faits qui sont détournés. Elle est utilisée pour infliger un préjudice à une personne, un groupe social, une organisation ou un pays. On déforme la réalité pour nuire.
- La mésinformation : est une information fausse mais non créée dans l’intention de nuire.
En ce sens, tout le monde est susceptible de faire de la mésinformation sans pour autant que cet individu quel qu’il soit, se prenne tout notre discrédit à la figure. Cela dépendra surtout de son attitude face à cette mésinformation: est-ce qu’il a admis son erreur ? Est-ce qu’il l’a communiqué au plus grand nombre tout comme il l’a fait pour sa mésinformation ? Si oui, nous pouvons raisonnablement réaccorder notre confiance à ce journaliste qui a simplement commis une erreur. Mais qu’en est-il quand il s’agit de désinformation et de mal-sinformation ?
3- Quelle origine et quelle forme pour la fausse information ?
Aujourd’hui, plus que jamais, absolument tout le monde joue un rôle critique dans le circuit de l’information. Ainsi avec l’émergence d’internet et des réseaux sociaux, n’importe qui peut être un potentiel diffuseur de message (d’information comme de désinformation). Cela ne se cantonne plus à la rumeur de bouche à oreille qui atteignait plus rapidement des limites de propagation. L’arrivée d’internet et des réseaux sociaux pour expliquer les niveaux records de circulation de fausse information est déjà largement traitée et ce de façon extrêmement qualitative. Nous avons donc décidé de ne pas nous concentrer sur cet aspect car nous ne ferions (presque) que recopier ce qui est déjà présent en profusion dans les médias. Cependant gardez en tête que cela est réel et que cela répond en partie à la question posée.
L’idée de cet article est plutôt de discuter du rôle des principaux acteurs de l’information dans la désinformation, sujet qui nous semble moins couvert.
a) Une liberté de la presse bridée ?
Les sondages montrent régulièrement que la confiance des Français envers les médias ne cesse de diminuer, et parmi les trois principales raisons invoquées, figure fréquemment la pression exercée par le pouvoir politique sur ces derniers. Cette potentialité est tout à fait envisageable et l’organisation Reporters Sans Frontières (RSF) se pose la question tous les ans au niveau mondial. Ainsi, ils établissent un classement mondial annuel de la liberté de la presse. Ce classement se base sur 5 critères: le contexte politique, le cadre légal, le contexte économique, le contexte socio-culturel et le contexte de sécurité. Et si vous voulez en savoir plus n’hésitez pas à vous rendre sur leur site internet qui détaille la méthode employée et leurs critères6.

Dans le classement 2024 (cf figure 6), la France apparaît à la 21ème place et contrairement à ce que les français ressentent, RSF mentionnent que:
« la presse n’est pas menacée par des atteintes politiques d’ampleur » mais que « la vigilance reste de mise, comme l’a montrée l’arrestation de la journaliste française Ariane Lavrilleux à la suite d’une plainte du ministère des Armées ».
A l’heure de l’écriture de cet article, les affaires judiciaires sont en cours et portent sur la compromission du secret de la défense nationale7. Les enquêtes étant en cours, il est dur de juger l’impact de cette arrestation sur la liberté des médias français d’où le principe de précaution appliqué par RSF.
Au-delà de cette place, l’évolution dans le classement est elle aussi à juger. Depuis 2013, la France n’a jamais été aussi haut placée dans le classement surtout dû…à une « rétrogradation » d’autres pays dans le classement. Le score de la France est globalement resté stable (entre 77 et 79) et 2015 est la seule année marquée par un score plus élevé à quelques décimales près (78,85).
La liberté de la presse est tellement réelle dans nos sociétés que certains parlent même du paradoxe amené par la liberté de la presse. Ainsi cette conception, fondamentale à nos sociétés, pourrait en même temps l’amener à s’autodétruire. L’article écrit par Michael Vaillant intitulé Le Paradoxe de la Liberté de la Presse : Comment le Bruit Médiatique Nourrit le Populisme et Prépare l’Avènement de l’Homme Fort (2025) explicite très clairement ce paradoxe (malgré certains graphiques qui interrogent, l’idée et les démonstrations théoriques sont là). Il montre que cette division des médias, cette pluralité des paroles, mène quelque soit le pouvoir en place (gauche, droite, centre), à une majorité de critiques formulées par les médias. Un tel paysage mène à l’idée des « tous pourris », « il faut essayer quelque chose d’autre »…bref à un réel effondrement dans la confiance des politiques. Ceci est symptomatique des démocraties, là où la liberté de la presse est reine alors que dans les régimes autoritaires, là où la parole est muselée, les citoyens ont une grande confiance en leur dirigeant (cf Figure 7).
Comme le dit très justement Michael Vaillant dans son article, « cette critique et « moralisation » à sens unique des politiques et de l’espace public va paradoxalement amener les médias à détruire l’écosystème juridique et politique qui les a jusqu’ici protégés ».


En 2024, la liberté de la presse en France était donc toujours préservée et devrait normalement garantir une information non-censurée dans sa forme et dans son fond. Mais alors d’où vient la fausse information ?
b) La désinformation par les états totalitaires, une guerre hybride du XXIe siècle
L’utilisation de la fausse information comme arme par les états ne date pas d’hier. C’est un outil bien connu des régimes totalitaires pour endoctriner la population. Etant dans une démocratie où la liberté de la presse est préservée, cet aspect ne sera pas traité dans cet article. Cependant la désinformation inter-étatique afin de gagner une guerre avec peu d’argent, nous concerne bel et bien et s’inscrit dans un principe ancestral. Cette stratégie est déployée à notre encontre par la Russie, l’Iran et la Chine avec beaucoup de ferveur depuis plusieurs dizaines d’années.
Ces contenus visant à désinformer, se dissimulent dans un flot quotidien d’informations intense, et visent à fragiliser les démocraties que nous sommes en semant le doute et en créant des tensions (identitaires, politiques, sociales…) au sein de nos sociétés.
Afin d’illustrer en quoi la fausse information est utilisée comme arme pour fragiliser nos démocraties par les états totalitaires, nous n’allons nous baser que sur l’exemple russe dans cet article. Le cas de la Chine et des Etats-Unis sera traité prochainement.
La menace la plus sérieuse est la désinformation et la mal information comme arme, arme que les russes manient à la perfection via8.
- la création de média et de laboratoire d’idées. Ainsi la Fondation pour la lutte contre l’injustice (Foundation to Battle Injustice) est une ONG fondée par l’oligarque russe Evgueni Prigojine et est considérée comme une officine sous influence russe. Russia Today, une chaîne de propagande russe diffusée en France jusqu’en 2022 en est un autre exemple9.
- la création de centaines de milliers de comptes sur les réseaux sociaux afin de propager des informations anti-occidentaux et pro-russes.
- le clonage de pages officielles. Ils copient l’apparence de vrais médias afin d’abaisser la vigilance des lecteurs qui vont alors plus facilement accepter des idées extrêmes ou complotistes car la source leur paraît crédible. Les sites du Monde, 20 minutes, la Croix, du Figaro, du Parisien, du ministère des affaires étrangères ont ainsi été dupliqués. Cette tactique a été mise au jour en 2022 et est suivie de près par le EU Disinfolab qui est une organisation spécialisée dans la lutte contre la désinformation.
- le placement clandestin de publications. Dans ce cas, des médias légitimes sont payés en échange de la publication d’articles « prêts à l’emploi’ favorables aux intérêts russes.
Ces pratiques sont généralement déployés dans de larges proportions afin d’inonder l’espace informationnel et ainsi créer la confusion: les gens tellement déstabilisés finissent par ne plus croire en rien créant ainsi un réel chao dans l’espace informationnel ainsi que dans l’espace publique. C’est ainsi un moyen pour la propagande russe de créer des tensions dans le débat public occidental, fragiliser son image, afin de mieux pouvoir implanter son idéologie.


Plus récemment, les russes se sont illustrés dans de nouvelles ingérences. L’élection présidentielle roumaine de 2024 a ainsi été marquée par des ingérences russes massives : désinformation sur TikTok et Telegram, cyberattaques visant le processus électoral, et soutien à un candidat d’extrême droite, Călin Georgescu sont autant d’actions menées par les russes. C’est dans ce contexte que la Cour constitutionnelle a annulé le scrutin, évoquant des atteintes graves à la démocratie. La Commission européenne a ouvert une enquête sur les plateformes numériques impliquées.
Cette affaire illustre la menace réelle que représente la désinformation russe et la vulnérabilité des démocraties européennes face aux manipulations informationnelles et aux influences étrangères13.
Un réel cercle vicieux est ainsi créé: on nous désinforme sans que nous nous en apercevions, nous perdons petit-à-petit confiance en nos institutions, nous croyons ensuite de moins en moins les sources fiables et c’est ainsi que nous devenons de plus en plus manipulables en révolte constante contre une société qui nous amène beaucoup de bien.
Il est essentiel que nous sortions de ce cercle vicieux. Notre prochain article, dédié aux solutions pour retrouver une information fiable, abordera de plus amples manières des approches et des outils pour s’en extirper, mais évoquons rapidement quelques pistes ici. Plusieurs médias ont développé des services entiers de fact-checking (le Monde, l’AFP…) qui traitent nombre de fausses informations de façon extrêmement pédagogique. Ils doivent presque devenir des réflexes pour vérifier la véracité de nouvelles informations (en particulier sur les réseaux sociaux). Nous avons également un rôle clé à jouer. Nous nous devons de revoir notre regard à l’information: vigilance et rigueur sont les deux maîtres mots qui doivent guider nos recherches.
c) Les médias traditionnels dans une recherche perpétuelle d’audience et de sensationnalisme
Les questions autour du journalisme et de leur ligne déontologique ne sont pas nouvelles. Mais l’exercice fut et est toujours périlleux.

Pour aller plus loin
Pour les désireux d’en savoir plus, dépliez le paragraphe ci-dessous qui revient sur un résumé de l’histoire moderne du journalisme
Les deux guerres mondiales mettent à mal la confiance que les citoyens ont dans la presse du fait de large campagne de propagande diffusée par cette dernière. Dès 1918, une charte voit le jour mais elle n’est pas suffisante pour retrouver la confiance à l’orée des 2 guerres mondiales. Les journalistes souhaitent garantir une réelle indépendance vis-à-vis des Etats et du patronat. Ils se tournent alors vers la commission européenne qui leur rétorque que l’exercice est périlleux étant donné qu’ils se sont toujours opposés à une charte de déontologie. Finalement en 1971, la charte de Munich est signée et compte 10 devoirs et 5 droits . Elle se distingue de celle écrite en 1918 par une proportion plus équilibrée d’obligation vis-à-vis du public.
Malgré tout, certains journalistes continuent, encore aujourd’hui, à s’appuyer sur la charte de 1918. De plus, la profession se refuse à un quelconque encadrement car cité comme relevant de tentations liberticides. Enfin les chartes journalistiques sont déclaratives et ne sont sanctionnées par aucune juridiction signifiant qu’encore aujourd’hui les médias sont régis par la confiance.
C’est donc dans ce contexte que de nombreux abus ont existé et continuent d’exister. La méfiance envers les médias et les reproches d’entretenir la culture du spectacle ne sont pas nouveaux et continuent d’être. L’année 1989 est souvent donnée comme date de ré-ouverture du débat sur l’étude journalistique. Parmi d’autres causes, la montée des médias commerciaux est citée pour expliquer cette montée de la question éthique des médias. Question qui perdure encore aujourd’hui…
Si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à lire l’article « l’éthique des journalistes aux XXe siècle » de Jean-Marie Charon sur lequel ce paragraphe s’appuie très largement 14.
L’arrivée d’internet bouscule le temps médiatique, les modèles économiques des médias et ouvre la porte, plus que jamais à ce quiconque puisse s’autoproclamé journaliste aux yeux de citoyens avides de réponses ainsi que de révélations simplistes et impactantes. Ces phénomènes ne sont pas nouveaux et internet joue le rôle d’amplificateur qui transforme ces initiatives en réelles menaces.
La déontologie journalistique est réellement mise à mal: doit-on respecter la profession au péril d’une perte d’audience qui pourrait mettre en péril l’économie du média ou doit-on flirter avec la déontologie journalistique pour concurrencer les médias instantanés (chaîne d’informations continues, médias sociaux…) et espérer continuer à prospérer ? La majorité des médias semblent s’être tournés vers la seconde option ce qui accentue l’hyper-concurrence et entraîne les médias dans des cercle vicieux sans fin. 2015 est sûrement une nouvelle année charnière dans ce questionnement et la couverture médiatique des attentats de Charlie Hebdo est très largement remise en question. L’histogramme ci-dessous reprend les sanctions et mises en garde formulées par le CSA et illustre à quel point ce mal s’est répandu partout (cf Figure 8).
L’hyper-concurrence que les médias se mènent a un prix. Faire des entorses à la charte éthique du journalisme, court-circuiter le circuit de l’information, surtraiter des sujets mineurs à forte audience…expliquent probablement en grande partie la perte croissante de confiance exprimée lors des sondages d’opinion.
La figure ci-dessous tente d’expliquer les transformations du circuit de l’information depuis l’arrivée d’internet (cf Figure 9).
Dans les paragraphes ci-dessous, nous essayons d’étayer ces pratiques en donnant des exemples afin que cela devienne plus concret pour vous. Ces exemples sont bien entendu non exhaustifs: ils font partie de la courte liste d’émissions que nous regardons et que nous pouvons donc juger. Alors n’hésitez pas à laisser en commentaire d’autres exemples de médias usant de ces stratagèmes afin de compléter cette liste.
L’infobésité
L’infobésité, c’est ce terme que nous utilisons parfois pour traduire la surcharge informationnelle qui mène de plus en plus de personnes à témoigner d’une usure allant parfois jusqu’à l’arrêt total du suivi de l’information. Mais à quel point est-ce réel ? Pouvons-nous le chiffrer ?
Après de nombreuses recherches à la poursuite d’indicateurs, l’UBM (Unité de Bruit Médiatique) est la seule mesure que nous ayons trouvée pour tenter d’analyser l’infobésité dans les médias traditionnels. Pour faire court, l’UBM est le résultat du produit de l’audience et du volume consacré par un média sur un sujet donné. Ainsi on arrive à l’UBM pour un sujet donné sur un support donné. En sommant l’UBM de chaque support pour un sujet donné, on arrive à l’UBM total. Cet indicateur a ainsi vocation à mesurer l’impact médiatique d’un sujet en particulier16 17.

Pour aller plus loin
Pour les curieux de l’UBM, dépliez ce paragraphe pour en savoir plus sur cet indicateur
Le concept d’UBM a vu le jour en 2000 et est suivi depuis lors par Onclusive (ex-Kantar Media en partenariat avec Médiamétrie). Les chiffres sont recueillis sur un panel de 120 supports généralistes (43 titres de presse écrite, 27 journaux et émission TV, 30 journaux et émissions radio). Depuis 2014, un nouvel indicateur a vu le jour en intégrant également l’impact des médias sociaux, il s’agit de l’UBM 360 et il se base sur un corpus de conversations ouvertes en langue française sur Twitter, Facebook, les blogs, les sites de vidéos et de photos16.
Comme développé plus haut, l’UBM total résulte de la somme des produits de l’audience par le volume. En ce qui concerne l’audience, elle est déterminée par Médiamétrie et est parfois exprimée en pourcentage de la population française en âge de suivre l’informations, généralement assimilée aux français de 15 ans et plus. Le volume est, quant à lui, déterminé en fonction de la place allouée au sujet dans le média. De ce que nous avons pu lire ici et là, un article d’une page dans un quotidien compterait pour 1, tandis qu’un support audio-visuel d’une minute compterait aussi pour 1. On verrai ainsi ici une limite de l’indicateur, biaisé en fonction des supports (une page d’article devrait vraisemblablement compter plus qu’une minute d’un support audio-visuel)17.
Passons désormais à un exemple. 10 minutes de reportage dans le journal télévisé de France 2 suivi par 8 millions de téléspectateurs en moyenne équivaut à un UBM de 130 (8 millions de téléspectateurs correspond environ à 13% de la population en âge de s’informer que l’on multiplie par 10 (minutes) puis par 100). Les supports d’UBM explicitent ce résultat par des phrases erronées. Dans notre cas, ils diraient qu’un UBM de 130 correspond à une exposition de 1,3 fois à ce sujet par 100% de la population en âge de s’informer. Cette explicitation induit en erreur et l’UBM doit simplement avoir vocation à être comparé (est-ce que ce sujet a plus été exposé qu’un autre ? quelles sont les évolutions au fur et à mesure des années ?).
Malheureusement, les chiffres facilement accessibles sont succincts: auparavant c’était les UBM quotidiens les plus élevés sur une année donnée qui étaient communiqués et ce de manière assez sporadique tandis que depuis 2023 un rapport médiascopie est réalisé et communique les UBM annuels totaux les plus élevés (la somme des UBM quotidiens sur une année pour un sujet donné).
Pour tenter de répondre à la question initiale (est-ce que l’infobésité est bien réelle), 3 figures ont été réalisées avec les informations disponibles sur internet.



Les données sont trop faibles pour conclure mais une tendance à l’augmentation du bruit médiatique est perceptible. La première figure est peut-être la plus parlante: par année, en sommant les 3 sujets les plus médiatisés, une augmentation est visible, et chacun des 3 sujets sont plus couverts que par le passé (à l’exception des questions climatiques de 2022).
Mais est-ce parce que chaque émission en parle plus ? Plus longtemps ? Parce que plus d’émissions traitent d’un même sujet ? Ou parce que nous consacrons plus de temps pour nous informer et qu’ainsi nous augmentons les audiences ? Malgré de nombreuses recherches, rien de totalement satisfaisant n’a été trouvé pour répondre quantitativement à cette question. Cependant, on peut intuitivement dire qu’à priori, entre 2022 et 2024, nous n’avons que peu changé nos habitudes: rappelons que ces résultats n’intègrent pas les réseaux sociaux et qu’il n’y a pas eu de bouleversement de l’audio-visuel sur cette période. Ajoutons à cela qu’au niveau international, il n’y a que six grandes agences d’information: deux américaines, une anglaise, une française et une chinoise et ce depuis des années… Finalement les médias n’offrent qu’une version d’une information internationale limitée ce qui semble aller dans le sens que l’augmentation d’UBM soit due à une plus large couverture d’un même sujet par les médias (plus longtemps au cours de l’émission et/ou plus dans la durée). C’est ce que semble aussi montré l’article « L’emballement médiatique à l’ère de Twitter : toujours plus sur toujours moins de sujets » 17, avec des indicateurs indirects faibles mais qui là aussi montrent des tendances. Leur conclusion ?
« […] l’attention des médias semble se focaliser autour d’un nombre de plus en plus restreint de sujets. Si l’emballement médiatique était autrefois un accident, il est devenu, depuis le Web 2.0, le produit quasi-quotidien de l’information continue » 17.
L’infobésité semble donc bien réelle y compris sans intégrer les réseaux sociaux. On peut presque dire qu’il y a une bulle spéculative autour de l’information: il y a toujours plus d’émission d’information sans qu’il n’y ait plus de brique d’information…
Des exemples d’émissions particulièrement représentatives




La course au buzz
Faire de l’audience, c’est l’essence même des médias. Le marché ultraconcurentiel actuel pousse vers toujours plus de dépendance économique vis-à-vis des publicitaires et vis-à-vis de l’actionnariat ce qui les contraignent à porter toujours plus leur attention sur leur « médiamétrique ».
Une des stratégies qui a émergé pour être le meilleur d’un point de vue économique (et non pas qualitatif) est de jouer sur nos biais cognitifs. Diffusion prématurée d’informations non vérifiées, mise en scène de l’émotion au détriment de l’analyse… ça attire les spectateurs et cela se fait de plus en plus au détriment de la déontologie journalistique.
L’année 2015 est un exemple de ces dérapages journalistiques empruntés par une majorité de médias et dont les conséquences ont été particulièrement graves lors du traitement des attentats de Charlie Hebdo. Les médias, en quête de sensationnalisme (et probablement d’argent) n’ont pas hésité à livrer au grand public (ainsi qu’aux terroristes !) la position des forces de l’ordre. Les risques occasionnés (mise en danger de la vie d’autrui, celles des otages, celles des policiers en approche, celle du reporter) ont été ignorés. Cette diffusion a par ailleurs porté la mort de victimes à leur proche… Les médias nationaux ont aussi diffusé l’identité d’un membre de la famille des terroristes de l’attentat de Charlie Hebdo, présumé complice, un jeune lycéen en classe à l’heure de l’attentat. Les dérives sont nombreuses et se trouvent par-ci par-là sur internet. Plus haut, on vous montrait d’ailleurs à quel point ce phénomène a touché l’ensemble de l’audio visuel (cf Figure 9).
Le phénomène de « tribunal médiatique » illustre parfaitement cette quête du buzz à tout prix. Alimenté par l’urgence de l’information et la viralité sur les réseaux sociaux, on voit certains journalistes s’emparer d’affaires judiciaires en cours et mener une véritable justice parallèle. Les enquêtes sont souvent menées à la hâte, sans respect du principe du contradictoire, transformant le téléspectateur en témoin émotionnel, captivé et poussé à juger avant l’heure. Les dérives sont nombreuses : condamnations sociales avant tout procès, érosion de la présomption d’innocence, et affaiblissement de l’institution judiciaire, parfois contrainte de trancher sous la pression de l’opinion publique.
Les vidéos ci-dessous illustrent avec force les conséquences de cette surexposition médiatique des affaires judiciaires. La première est un éditorial réalisé par un journaliste, la deuxième une prise de parole d’une romancière ayant elle-même porté plainte contre DSK en 2011, et la troisième, plus longue mais aussi la plus complète, donne la parole à des avocates préoccupées par l’état de la justice dans ce contexte de surmédiatisation. Si vous ne deviez en regarder qu’une, privilégiez cette dernière.

Pour aller plus loin
L’affaire d’Outreau – Un dramatique exemple de tribunal médiatique des années 2000
L’affaire d’Outreau a marqué les années 2000 et continue à faire couler de l’encre. Cette affaire judiciaire a condamné 13 innocents à tord d’acte de pédophilie. Cette affaire est régulièrement qualifiée de fiasco judiciaire. Les analyses montrent des manquements dans l’appareil judiciaire mais identifie aussi l’intensité de la couverture médiatique comme un réel rouage à cette débâcle 22.
Certains médias ont fait leur mea culpa mais leurs propos étaient souvent complétés par un pointage de défaillances de l’appareil judiciaire.
La vidéo ci-dessous recueille le témoignage de quelques habitants parlant de leur rapport avec les médias à cette période tandis que l’article tente de tirer des enseignements du traitement médiatique de l’affaire d’Outreau.
Le suicide du médecin de Koh-Lanta suite à la mort d’un candidat en 2013
2013, 10 jours après la mort d’un candidat survenue lors du tournage d’une épreuve de Koh-Lanta, un candidat décède. Alors qu’une enquête est ouverte tentant de faire la lumière sur ce qu’il s’est passé, les médias s’emparent du sujet. Ils commencent à interroger des sources anonymes pour corroborer les 1ers éléments. Ces dernières citent des négligences dans la rapidité et la qualité de l’intervention. Dès lors, le médecin (et la production) sera mis sous le feu des critiques. Jusqu’à décider de s’ôter la vie. Il laisse derrière lui une lettre expliquant son geste. L’article ci-dessous reprend et détaille ces éléments.

Alors que la mort et le suicide ont été largement couverts, il n’y a quasiment aucune trace des résultats de l’enquête et du jugement rendu. En 2015, le Parisien écrivait que l’enquête confirmait une pathologie cardiaque antérieure au drame et repoussait la faute organisationnelle 23. Nous n’avons pas réussi à trouver de plus amples informations, mais ce silence témoigne probablement de la confirmation de cette piste sinon les journalistes se seraient emparés de leur plume pour condamner TF1. Sous cette hypothèse crédible mais non vérifiée, cela signifie que le médecin aurait réellement subi des pressions injustifiables et injustifiées qui l’aurait conduit à l’irréparable.
Le cas d’Ibrahim Maalouf (2018)
En janvier 2016, Ibrahim Maalouf est visé par une plainte portant sur une agression sexuelle sur une fille mineure. Il est condamné en 2018 en première instance et relaxé en 2020 par la cour d’appel. Alors que son premier procès a été largement couvert, son second jugement n’est que très peu couvert. Cela lui vaut d’être considéré comme coupable dans l’esprit général (seule sa culpabilité a fait les gros titres des médias). En 2024, il est d’ailleurs exclu des membres du festival de Deauville à cause d’un malaise de l’équipe en lien avec le mouvement MeToo24.
Ibrahim Maalouf partage son ressenti et dénonce le traitement médiatique qu’il a reçu dans l’article ci-dessous.

Et après ?
Ben rien…c’est toujours et encore la même rengaine!! Des journalistes qui se ruent sur les plaignants, sur les accusés; dans la rue, à la sortie des procès. Tous les jours, on trouve un nouveau coupable, pourtant toujours présumé innocent, que l’on vend en pâture sur la place publique. Je suis sûre que vous voyez ce que je veux dire mais pourtant il est dur de retrouver les extraits de ces interventions dont les codes sont plus proches de ceux de la presse people. En bref, c’est toujours absolument de partout, quasiment tous les jours.
Pour l’illustrer, on a trouvé quelques réels Instagram de Quotidien. Ce ne sont ni les extraits les plus marquants, ni les seuls à le faire, mais tout le monde semble ne pas trop exposé ces démarches sur les réseaux sociaux. Alors ouvrez l’œil et l’oreille, la prochaine fois que vous vous informerez, ce paragraphe (peut-être plus que ces extraits) trouvera écho. Pour conclure sur ce sujet, que valent des mea culpa quand après s’être fait prendre la main dans le sac, on ne change rien ?
A notre que les deux derniers extraits sont plutôt des pistes de réflexion. L’avant-dernier réel est une analyse d’une affaire judiciaire en cours qui me semble pertinente. Le dernier réel est une réaction d’une journaliste vis-à-vis de cette débâcle journalistique.
Alors que les paragraphes ci-dessus avaient une approche plutôt modérée, se voulant montrer du doigt certaines attitudes plutôt que certaines émissions ou journalistes, les deux émissions ci-dessous sont quant à elles proches d’être condamnables dans leur intégralité dans leur rapport à l’information et leur attitude face au buzz.
Des exemples d’émissions particulièrement représentatives



La course aux likes et aux clics
Dans la quête constante d’audience, certains médias glissent vers des pratiques discutables :
titres racoleurs, surmédiatisation des faits divers plus faciles à regarder que des analyses, teasers sensationnalistes et chocs pour éviter le zap, présentation de solutions simplistes décorrélées de la réalité pour créer la confiance…
Cette logique favorise les contenus qui confirment les opinions préexistantes des lecteurs ou encore leur donne l’impression qu’avoir ce savoir est un réel privilège, renforçant ainsi le biais de confirmation et enfermant chacun dans une bulle informationnelle. Cette dynamique, renforcée par les algorithmes et la recherche de clics, compromet la diversité des points de vue et affaiblit la mission critique du journalisme.
Ci-dessous, nous mentionnons deux émissions qui utilisent régulièrement des stratégies de fidélisation fondées sur l’émotion, le suspense ou la dramatisation. Il ne s’agit pas de les rejeter en bloc, mais il nous paraît essentiel de rappeler qu’elles doivent être regardées avec un réel recul et un esprit critique affûté. Ce qu’elles montrent n’est qu’un fragment de la réalité.
Pour l’illustrer, imaginez par exemple que vous assistiez à une bagarre dans une ruelle : vous voyez une personne frapper une autre et en concluez aussitôt qu’il s’agit de l’agresseur. Pourtant, vous ignorez peut-être que l’autre a provoqué l’affrontement, et que celui que vous jugez coupable réagissait en légitime défense. Vous ne détenez qu’un morceau du récit, et cela fausse votre jugement. Autre exemple : vous voyez des déchets appartenant à quelqu’un jetés sur la voie publique. Vous le condamnez aussitôt pour incivilité, sans savoir qu’ils sont tombés de son sac mal fermé. Là encore, la perception change radicalement selon qu’on connaisse l’ensemble de l’histoire ou seulement un élément isolé.
Ces exemples montrent à quel point une vision partielle peut conduire à des interprétations erronées, voire à des injustices profondes. Dans les médias aussi, ce risque est réel : une narration orientée peut inverser les rôles, faisant passer la victime pour l’agresseur. D’où l’importance de toujours contextualiser, recouper les sources, et rester vigilant face aux récits séduisants mais incomplets.
Des exemples d’émissions particulièrement représentatives


d) Le rôle des réseaux sociaux et de nous tous !
Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un rôle central dans la propagation de la désinformation. Leur fonctionnement, basé sur des algorithmes qui favorisent l’engagement plutôt que la véracité, contribue à amplifier les contenus sensationnalistes, polarisants ou émotionnellement chargés, au détriment d’informations nuancées et vérifiées.
Mais les réseaux sociaux restent des outils qui reflètent ce que nous y mettons. Dans cet environnement, chacun devient potentiellement vecteur de fausses informations en partageant des contenus sans les vérifier, souvent parce qu’ils confirment des croyances personnelles ou suscitent une réaction immédiate. Notre attitude individuelle est donc essentielle : il est de notre responsabilité de faire preuve de prudence, d’esprit critique et de recul face aux informations que nous consommons et diffusons. Apprendre à identifier les sources fiables, à reconnaître les biais et à résister à la tentation du « like » ou du « partage » impulsif est un enjeu crucial pour préserver une information de qualité et le bon fonctionnement du débat démocratique.
Comme dit plus haut, ce sujet est déjà largement traité et ce de façon factuelle, nuancée et constructive. N’ayant nullement l’intention ni de réinventer la roue, ni de plagier, on vous propose une sélection d’articles qui en parle ci-dessous.

Pour aller plus loin
Des articles éclairant pour prendre du recul sur les informations circulant sur les réseaux sociaux
Le 1er article ci-dessous explore pourquoi la désinformation se répand autant sur les réseaux sociaux.
Le 2nd article vient quelque peu nuancer les propos du précédent article en intégrant le poids joué par les médias traditionnels dans la désinformation.
Enfin le 3ème lien renvoie vers une vidéo de Fouloscopie. Elle n’aborde pas directement le sujet de la désinformation mais montre comment nous sommes connectés les uns aux autres et à quel point les chemins sont courts. En appliquant donc ce qui est montré dans la vidéo au cas de la désinformation, on comprend comment elle peut tous nous toucher si elle est relayée.
Références et crédits
Sources
1 Information, Wikipedia, disponible sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/Information , consulté le 9 mars 2025
2 Qu’est-ce qu’une information ?, Le Monde, disponible sur: https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/10/26/qu-est-ce-qu-une-information_5067721_4355771.html, consulté le 9 mars 2025
3 Comment la banane est devenue le fruit préféré des Français ?, RTL, disponible sur: https://www.rtl.fr/actu/economie-consommation/edito-comment-la-banane-est-devenue-le-fruit-prefere-des-francais-7900455353, consulté le 9 mars 2025
4 Médias français, qui possède quoi ?, Le Monde Diplomatique, disponible sur: https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA, consulté le 21 mars 2025
5 Le journalisme, « les fausses nouvelles » (fake news) et désinformation : un manuel pour l’enseignement et la formation du journalisme, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), disponible sur: https://webarchive.unesco.org/web/20230927185103/https://fr.unesco.org/fightfakenews , consulté le 7 mars 2025
6 Méthodologie détaillée du Classement mondial de la liberté de la presse 2024, Reporters Sans Frontières (RSF), disponible sur: https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT-Ra-Phytoestrogenes.pdf, consulté le 7 mars 2025
7 Ariane Lavrilleux, Wikipedia, Disponible sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/Ariane_Lavrilleux, consulté le 7 mars 2025
8 Désinformation russe: mieux connaître le phénomène pour y faire face, Diplomatie.gouv, Disponible sur: https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/a4_dp-vs_desinfo-ukraine_v3_web-20-02-24_cle0111ee.pdf, consulté le 7 mars 2025
9 RT, Wikipedia, Disponible sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/RT_(cha%C3%AEne_de_t%C3%A9l%C3%A9vision), consulté le 25 mars 2025
10 Pourquoi le bombardement de la maternité de Marioupol continue d’alimenter la propagande russe, Le Monde, Disponible sur: https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/09/10/pourquoi-le-bombardement-de-la-maternite-de-marioupol-continue-d-alimenter-la-propagande-russe_6141036_4355770.html, consulté le 7 mars 2025
11 Punaises de lit : La psychose française « artificiellement amplifiée » par la Russie, Disponible sur: https://www.20minutes.fr/monde/russie/4079127-20240301-punaises-lit-psychose-francaise-artificiellement-amplifiee-russie, consulté le 7 mars 2025
12 Tags d’étoiles de David en Ile-de-France : comment l’ingérence étrangère est devenue une piste privilégiée dans l’enquête, Disponible sur: https://www.francetvinfo.fr/societe/justice/tags-d-etoiles-de-david-en-ile-de-france-comment-l-ingerence-etrangere-est-devenue-une-piste-privilegiee-dans-l-enquete_6181359.html, consulté le 8 mars 2025
13 Elections présidentielles annulées en Roumanie: la démocratie à l’épreuve des réseaux sociaus, Institut de Relations Internationales et Stratégiques, Disponible sur: https://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2025/04/ObsInfoInfluence_2025_04_N%C2%B01_Elections-Roumanie_Note.pdf, consulté le 6 mai 2025
14 L’éthique des journalistes au xxe siècle, Cairn.info , Disponible sur:https://shs.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2003-1-page-200?lang=fr#s1n5, consulté le 20 mars 2025
15 Le traitement médiatique d’événements phares de l’actualité, Réseau Canopé, Disponible sur:https://www.reseau-canope.fr/fileadmin/user_upload/Projets/Je_dessine/pdf/Jedessine_TraitementMediatique.pdf, consulté le 29 avril 2025
16 Unité de bruit médiatique, Wikipedia, Disponible sur:https://fr.wikipedia.org/wiki/Unit%C3%A9_de_bruit_m%C3%A9diatique#:~:text=L’UBM%20est%20calcul%C3%A9e%20en,sujet%20donn%C3%A9%20dans%20les%20m%C3%A9dias, consulté le 29 avril 2025
17 L’emballement médiatique à l’ère de Twitter : toujours plus sur toujours moins de sujets, Samsa, Disponible sur:https://www.samsa.fr/2012/04/24/lemballement-mediatique-a-lere-de-twitter-toujours-plus-sur-toujours-moins-de-sujets/, consulté le 29 avril 2025
18 Les 6 sujets dont les médias ont le plus parlé en 2022, Stratégies, Disponible sur:https://www.strategies.fr/actualites/medias/LQ1402956C/les-6-sujets-dont-les-medias-ont-le-plus-parle-en-2022.html, consulté le 29 avril 2025
19 LIVRE BLANC – MEDIASCOPIE D’UN PAYS | La France au rayon X grâce aux UBM, Influencia, Disponible sur:https://www.influencia.net/revue/livre-blanc-mediascopie-dun-pays-la-france-au-rayon-x-grace-aux-ubm/, consulté le 29 avril 2025
20 Retour vers le futur : décryptage de l’année médiatique 2024, ADN, Disponible sur:https://www.ladn.eu/media-mutants/retour-vers-le-futur-decryptage-de-lannee-mediatique-2024/, consulté le 29 avril 2025
21 Le bruit média de la présidentielle a doublé par rapport à 2007, Stratégies, Disponible sur:https://www.strategies.fr/actualites/medias/186562W/le-bruit-media-de-la-presidentielle-a-double-par-rapport-a-2007.html, consulté le 29 avril 2025
22 Affaire d’Outreau, Wikipedia, Disponible sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_d%27Outreau, consulté le 8 mai 2025
23 L’affaire Babin bientôt bouclée (2015), Le Parisien, Disponible sur:https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/l-affaire-babin-bientot-bouclee-24-04-2015-4719319.php, consulté le 8 mai 2025
24 Ibrahim Maalouf, Wikipedia, Disponible sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/Ibrahim_Maalouf, consulté le 8 mai 2025
25 « Il y avait de l’électricité chez les Égyptiens grâce aux pyramides » : mais d’où vient cette folle théorie partagée par Gims ?, TF1, Disponible sur: https://www.tf1info.fr/culture/il-y-avait-de-l-electricite-chez-les-egyptiens-grace-aux-pyramides-mais-d-ou-vient-cette-folle-theorie-partagee-par-gims-2253769.html consulté le 9 mars 2025
26 Touche pas à mon poste, Wikipedia, Disponible sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/Touche_pas_%C3%A0_mon_poste_! consulté le 9 mars 2025
27 CNews, Wikipedia , Disponible sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/CNews#, consulté le 13 mars 2025
28 Pourquoi l’empire médiatique de Vincent Bolloré soutient désormais la Russie ?, 20 minutes , Disponible sur: https://www.20minutes.fr/arts-stars/medias/4142788-20250311-pourquoi-empire-mediatique-vincent-bollore-soutient-desormais-russie, consulté le 13 mars 2025
29 France-Soir, Wikipedia, Disponible sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/France-Soir, consulté le 12 mai 2025
30 Comment les téléspectateurs ont été abusés par Cash Investigation, Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS), Disponible sur:https://www.afis.org/Comment-les-telespectateurs-ont-ete-abuses-par-Cash-Investigation, consulté le 8 mai 2025
31 Emission « Cash investigation » du 2 février 2016 : intervention auprès de France Télévisions, Comité de Sécurité Audivisuel (CSA), Disponible sur: https://www.csa.fr/Reguler/Espace-juridique/Les-textes-adoptes-par-l-Arcom/Les-decisions-du-CSA/Emission-Cash-investigation-du-2-fevrier-2016-intervention-aupres-de-France-Televisions consulté le 9 mars 2025
32 Page d’accueil, Blast info, Disponible sur: https://www.blast-info.fr/, consulté le 13 mars 2025
Musiques utilisées dans l’audio
Out of the Skies, Under the Earth de Chris Zabriskie fait l’objet d’une licence Creative Commons Attribution 4.0. https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/
Source : http://chriszabriskie.com/reappear/
Artiste : http://chriszabriskie.com/
Lite Brite, de Density & Time
No combat, de Telecasted
Infinite Perspective de Kevin MacLeod fait l’objet d’une licence Creative Commons Attribution 4.0. https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/
Source : http://incompetech.com/music/royalty-free/index.html?isrc=USUAN1500024
Artiste : http://incompetech.com/
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Comment s’émanciper du spectacle médiatique et de la fausse information ?
Dans une démocratie, la présence d’une information factuelle est absolument cruciale. Les faits servent de fondement sur lequel se construisent des débats constructifs et des discussions éclairées. Mais que se passe-t-il lorsque collectivement nous décidons de céder à une fausse information omniprésente ?
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super toute cette analyse. Un très grand travail de recherche et une explication simple accessible à tous le monde. J’espère que cela ouvrira les yeux à certaines personnes. Mais en ont elles envie ? Super boulot. Bravo
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