Comment s’émanciper du spectacle médiatique et de la fausse information ?
Dans une démocratie, la présence d’une information factuelle est absolument cruciale. Les faits servent de fondement sur lequel se construisent des débats constructifs et des discussions éclairées. Fort de ces faits et de ces débats, les citoyens peuvent faire des choix en connaissance des tenants et des aboutissants que ce soit lors de votes, d’actions ou de prises de décision.
Mais tout ceci suppose la présence d’informations fiables, objectives, accessibles à tous et ce dans une quantité raisonnable.
A l’heure d’internet, à l’heure des réseaux sociaux, cet exercice déjà périlleux auparavant, arbore une difficulté accrue. De tout temps, les supports d’informations ont été scrutés, analysés et commentés. Mais alors qu’au cours de l’histoire humaine le fond du problème a majoritairement reposé sur la liberté de la presse, l’enjeu dans nos démocraties actuelles semblent plutôt résider dans l’hyper-concurrence et la commercialisation de l’information.
“Sur les chaînes nationales, on constate que le fait divers l’emporte parce que l’émotion prime sur l’analyse : à peu près tout ce qui paraît complexe est banni de l’information télévisée.”
— Christine Ockrent
“Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise.”
— Patrick Le Lay (2004), ancien PDG de TF1
“Poussées par la concurrence pour les parts de marché, les télévisions recourent de plus en plus aux vieilles ficelles des journaux à sensation, donnant la première place, quand ce n’est pas toute la place aux faits divers ou aux nouvelles sportives...”
— Pierre Bourdieu (1996)
65Le nombre d’individus revendiquant une volonté de cesser de s’informer ou ayant une méfiance envers les médias serait en croissance d’après les résultats de sondages d’opinion (qui ne sont, par ailleurs, pas toujours très représentatifs, à prendre donc avec du recul). Toujours d’après les sondages, ce n’est pas l’information qui est fui mais le spectacle médiatique omniprésent, la sensation d’être une marionnette dont on utilise les émotions pour la contrôler. A la fin d’une émission, de la lecture d’un article, de l’écoute d’un édito, on a trop souvent l’impression d’avoir juste perdu son temps et que le journaliste n’a finalement pas traité le sujet soit en répondant à côté, soit en communiquant son idéologie et non pas des faits.
Tout ceci est extrêmement délétère pour tous. Cette fatigue informationnelle, cette culture du vide amenées par ces pratiques, est le terreau parfait pour les théories du complot et autres opportunistes pseudo informationnels qui ne cherchent qu’à capter encore et toujours plus de lumière. On entre ainsi dans un réel cercle de la désinformation. Le World economic forum a d’ailleurs dressé une carte d’interconnexions entre différents risques mondiaux identifiés en 2025. La désinformation, identifiée comme le 4ème plus gros risque, y apparaît et présente des liens forts directs avec plusieurs risques sociétaux et technologiques. Alors que certains doivent plutôt en être la cause (exemple de la censure et de la surveillance), dans d’autres cas on imagine plutôt une auto-alimentation (la polarisation de la société, l’érosion des droits de l’Homme, les préjudices en ligne…).
Or à l’heure où ceux qui ont vécu des conditions d’oppression, de manipulation, à l’heure où ceux qui se sont battus pour cette société, s’éteignent jour après jour ne pouvant plus faire leur devoir de mémoire, il est absolument fondamental que les médias comblent enfin ce vide d’une information juste, éclairée et honnête. Sans quoi, tout ce que nous voyons arriver chez nos voisins, tout ce qui devrait nous mettre en alerte, sera bientôt notre quotidien. Nous avons également un rôle clé à jouer, en développant plus que jamais notre esprit critique et en s’émancipant autant que possible de nos biais cognitifs.

C’est dans ce contexte, que nous avons décidé d’écrire ce dossier. En premier lieu, nous allons y aborder la désinformation (qu’est-ce-que c’est ?, quelle forme prend-elle ?, pourquoi l’utilise-t-on ? quelles conséquences?). Nous dédierons ensuite un article pour tenter de trouver des solutions (comment s’informer sachant ces pratiques ? y-a-t’il des acteurs concrets de ce changement ?). Enfin, nous tenterons d’écrire sur l’ampleur des récentes menaces amenées par les régimes muselant la parole et modifiant les faits, dont Trump fait parti.
Avant de passer au plus concret, que diriez-vous de faire un petit quiz pour faire le point sur vos sources d’informations:
Maintenant que vous avez fait le point, passons aux choses sérieuses avec les articles ci-dessous.
Les articles
De l’information à la désinformation: il n’y a qu’un pas.
Dans nos sociétés contemporaines, l’information occupe une place centrale : elle façonne notre compréhension du monde, oriente nos décisions collectives et individuelles, et constitue un pilier fondamental du débat démocratique. Pourtant, ce socle essentiel est aujourd’hui fragilisé par la montée en puissance de la désinformation, qu’elle soit intentionnelle (fake news, propagande) ou plus insidieuse (approximations virales, récits biaisés, contenus manipulés par algorithmes). La rapidité des réseaux sociaux, la polarisation des opinions et la course à l’audience des sources officielles alimentent un climat où la frontière entre fait et opinion devient floue. Ce premier article tente d’aborder ce qu’est la désinformation…
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